• César, de Gaulle et le djihad

    La guerre commence avec des émotions mais ne se gagne pas avec les émotions. Et si c'est souvent le plus fanatique, le plus énervé, le plus belliqueux qui gagne dans un premier temps, c'est le plus intelligent,  le plus stratège qui finit par l'emporter.


    Dans les moments où l'Histoire semble s'accélérer, je pense souvent, je ne sais pas pourquoi, à deux généraux : César et de Gaulle.

    Enfin si, je sais pourquoi !
    Les Gaulois (enfin… plus exactement les différents peuples qui constituaient la Gaule) n'avaient pas de traditions écrites. Résultat : pendant longtemps, la seule source de connaissance des historiens sur cette civilisation, sur la "vie quotidienne des Gaulois au temps de Vercingétorix" fut un ouvrage écrit pour sa propre gloire par un général romain qui leur faisait la guerre : Jules César. Il leur faisait la guerre et pourtant les historiens d'aujourd'hui considèrent que, à part quelques points de détails destinés à forger sa légende de demi-dieu, il n'y a rien de fondamentalement faux dans la description que César fait de la Gaule.

    Les grands hommes d'état ne sont pas des gens ordinaires. Ils savent qu'ils travaillent (ou qu'ils écrivent) pour l'Histoire et ne sont donc pas tentés par les techniques de propagande médiocres de leurs contemporains faites de mensonges, de mépris et de dénis de réalité. César a voulu comprendre la Gaule et les Gaulois avant de leur livrer bataille.

    De Gaulle m'a toujours fait penser à César : L'un et l'autre étaient des généraux qui avaient de grands projets politiques pour leurs pays qui ne se réduisaient pas à "mater la rébellion" et maintenir le statu quo. Les deux ont étudié leur époque avant d'agir. Les deux avaient une vision globale de ce qu'ils voulaient faire de leurs pays. Les deux étaient des aristocrates pétris de culture classique, maniant parfaitement leur langue et qui, sans être des écrivains au sens propre du terme, ont laissé dans la littérature des œuvres de grande qualité. Le premier a "romanisé" la Gaule après l'avoir vaincu. Construire des routes et des aqueducs, moderniser l'administration, assurer la sécurité sur le territoire conquis, ce n'était pas banal à cette époque. Mais le résultat fut que les "guerres des Gaules" ancestrales se sont définitivement terminées et qu'aucun Brennus n'est venue par la suite dire aux romains "Malheur aux vaincus".

    De Gaulle, lui, a pris en charge une décolonisation qui était inévitable, mais que seule la gauche communiste revendiquait. Sa vision de l'avenir, pour l'armée d'abord il l'avait déjà exprimé dans plusieurs ouvrages écrits avant de rencontrer l'Histoire. Il a dit d'ailleurs quelque part que la meilleure école de commandement était la culture. Il fit l'analyse, en pleine guerre d'Algérie, au milieu des cris de haine et des passions, que l'intérêt de son pays n'était pas de "mater la rébellion", au prix fort de surcroît. Partant de l'analyse que, d'une part, les colonisés deviendraient un jour majoritaire et d'autre part, qu'on ne pourrait pas éternellement les exclure du corps électoral, il fit le choix, contre la majorité des Français qui l'avait élu, de signer l'indépendance de l'Algérie et de proposer aux autres colonies des formes d'indépendance-association plus ou moins souples. C'était il y plus de soixante ans.

    Peut-être, un jour pas si lointain, viendra ce grand contemporain qui, comme César, comprendra que la pauvreté mène à la guerre et que aider les autres peuples à se développer économiquement et à rester chez eux est dans notre propre intérêt, et qui, comme de Gaulle aura l'intuition que notre pays n'a pas une capacité illimitée à absorber massivement des populations ayant des cultures trop différentes de la nôtre.

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