• Epouse, conjointe, maîtresse et concubine

     

    Un de mes blogopotes qualifie dans un de ces brillants articles Valérie Trierweiller de "maîtresse" de François Hollande. Comme je lui fais remarquer que compagne serait un mot plus juste, il m'envoie une fin de non-recevoir en précisant que le mot "maîtresse" (très beau mot selon lui) désigne la même chose que le mot "compagne", la seule différence étant que ce dernier mot est plus moderne.

     

    Les mots, comme les lois, ont un esprit ! On peut toujours leur demander de garder le sens qu'ils avaient sous François Villon,  c'est peine perdue !

    Quoi qu'on en dise, qualifier aujourd'hui  une femme de "maîtresse" a un sens haineux que tout le monde comprend parfaitement.

     

    Moi le premier. Et pour cause.

    Ma mère n'a pas toujours été une épouse. Mais non ! Elle a vécu avec mon père "dans le péché" et a mis du temps à le convaincre des bienfaits du mariage.  Mais après tout, dans un premier temps, cela n'avait pas une grande importance ! Ils avaient repris un petit commerce dans un coin où personne ne les connaissait et ma mère parlait de mon père en disant "mon mari" et mon père, quant à lui, disait "ma femme" ! Seul le curé était au courant, je ne sais pas comment, puisqu'il refusait la communion à ma mère ! Mais cela n'avait aucune importance puisque ma mère et mon père ouvraient boutique le dimanche matin et que c'était un excellent prétexte pour ne pas se rendre à l'église.

    Donc jusque-là , pas de problème ! Elle était sa "femme", son "épouse" d'autant plus respectée qu'elle était de surcroît la mère de son enfant (votre humble serviteur) !

     

    Les choses commencèrent à se gâter avec l'arrivée de mon oncle, le frère cadet de mon père ! Il ne faisait rien dans la vie, contrairement à mon père qui croulait sous le boulot. A la demande de la famille, mon père accepta de le prendre comme assistant. Il débarqua donc un jour dans notre vie avec... son épouse !

     

    Ben oui, lui, il n'avait pas de boulot, mais il avait une épouse légitime certifiée en grande pompe par un curé et par un troisième ou quatrième adjoint au maire !

     Inutile de vous dire que très rapidement la perfide épouse, qui ne portait pas ma mère dans son coeur, ne me demandez pas pourquoi,  se chargea de faire savoir à toutes les commères du quartier, à toutes les commerçantes et à toutes les grenouilles de bénitier que, contrairement à ce qu'elle laissait entendre, ma mère n'était pas une "épouse" mais une maîtresse, une concubine, une conjointe, bref, une femme de seconde zone, et certainement, peut-être qui sait, une femme intéressée et même selon toute vraisemblance, une putain !

     

    J'étais petit, et je n'ai pas beaucoup de souvenir de ces disputes de "grandes personnes". Je suppose qu'au plus fort de la crise, l'épouse a qualifié ma mère de putain et son fils (votre dévoué serviteur) de bâtard ! Je pense que ma mère a pleuré. Peut-être. Pas sûr. J'espère alors qu'elle l'a giflé!

     

    Peut-être qu'à un autre moment, l'épouse a choisi la perfidie haineuse et lui a dit que le mot "maîtresse" était un très beau mot et qu'il était le mot juste pour désigner une femme qui partage la vie d'un homme sans avoir reçu la bénédiction du curé et du maire. J'espère, dans ce cas, que ma mère lui a craché à la gueule!  Et qu'elle lui a expliqué ensuite que le mot crachat était un très beau mot et qu'il désignait quelque chose qui allait à ravir sur le visage des salopes !

     

    Quoi qu'il en soit, ma mère a ensuite pris le raccourci facile, celui de convaincre mon père de se marier ! Et vous savez ce qu'on dit "ce que femme veut..."

     Un quart de siècle après,  je me suis marié AVANT de faire des enfants. Parce que je n'avais pas envie que la mère de mes enfants soit traitée de maîtresse.

     

    Mais à la mairie seulement, car je déteste non seulement les curés et leur morale mais aussi les gens qui utilisent la morale des curés pour humilier les femmes.

     

     

     

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