• Freud expliqué aux parents

    ou Mes souvenirs œdipiens

     

    Alors comme ça, entre deux et trois ans, j’ai éprouvé du désir pour maman ? Et quand le grand Sigmund dit "désir", ça ne veut pas dire envie de poutous, de chatouilles et de guili-guili, non, vous le connaissez ? un vrai malade, ce mec ! "désir", pour lui, ça veut dire désir sexuel, ça veut dire que j’avais envie de me la faire, de la baiser et ce, après avoir tué mon rival de père !

     

    Bon, en même temps, j’avais des circonstances atténuantes : j’avais trois ans, je venais tout juste d’entrer dans le troisième stade de mon développement, le stade "génital" dit aussi stade "oedipien" et ça me rendait quelque peu nerveux !

     

    Avant, il y avait eu le stade oral ! Ah quel bonheur que ce stade oral ! Il est vrai que Dame Nature y a mis du sien aussi ! Associer comme ça, dans les premiers temps de la vie, la bouffe à une belle paire de nénés, c’est vraiment une excellente façon de faire découvrir la sensualité à un garçon !

     

    Cette association bouffe-nichons, je m’en souviens très bien, avait un côté… comment dire… ? fêtard !!! Ca faisait orgie romaine de la grande époque de la décadence, carnaval de Venise au siècle de Casanova ! c’était sensuel, festif, joyeux, en un mot : orgiaque !

     

    Surtout que pendant la période "orale" (et je m’excuse d’avance auprès des personnes délicates) on a le droit de roter pendant le repas sans encourir ni reproches, ni regards réprobateurs ! Mieux, on est même encouragé à le faire par la dame aux gros nichons !

     

    Mais bon, tout ça a un temps et me voilà un beau jour entrant de plain-pied dans le stade "génital", ultime stade du développement sexuel (stade qui est encore le mien aujourd’hui, je le rappelle à toutes fins utiles ! Période difficile s’il en est, mais quel bonheur de pouvoir enfin utiliser les attributs virils dont Dame Nature nous a pourvus ! Finies les succions mammaires, terminées les caresses anales ! J’ai trois ans et j’ai une grosse envie de sexe ! Alors voyons, faisons l’inventaire des meufs que j’ai sous la main ! ben oui… voilà mon problème : il n’y a que maman et la nounou ! La nounou, on laisse tomber, c’était à l’époque une grande tante, vielle rombière moustachue à moitié sourde qui sentait mauvais. Mais bon, pas grave ! quand on est un homme, un vrai, on fait avec ce qu’on a ! Je me dis donc : j’ai trois ans, je suis au stade génital, j’ai une nana baisable à la maison (ma maman), mais aussi un rival dangereux (mon papa) !

     

    Quoi de plus normal quand on est jeune et impulsif, que d’avoir envie de coucher avec la première et de tuer le second ? Surtout qu’étant mineur, je ne risquais rien, en droit français !

     

    Je l’aurais fait, n’en doutez pas ! Mais la providence prend quelques fois des chemins tortueux et, par manque d’expérience, je me suis laissé détourner de mes objectifs !

     

    Car que se passa-t-il juste au moment où je me disposais à accomplir mon destin d’homme ? Je vous le donne en mille ! Un quatrième larron fit irruption dans notre trio maudit : mon petit frère ! L’attrait de la nouveauté (ah, les femmes, toutes les mêmes ! fit que ma mère lui accorda toute son attention et adopta envers moi une attitude pour le moins désinvolte, me rappelant sans cesse que j’étais "un grand garçon" et que je devais "arrêter mes caprices" et ce, suprême humiliation, en présence de l’intrus en train de téter comme un malade !

     

    La donne avait changé : je n’avais plus un rival, mais deux. Heureusement, au moment même où la belle inconstante me négligeait, mon père, sous prétexte de l’aider, mais en réalité dans le dessein machiavélique de se trouver un complice pour se débarrasser du nouvel arrivant parasite, se rapprocha de moi, allant même jusqu’à préparer mon bain et me faire la lecture le soir pour m’aider à trouver le sommeil, activités jusque-là dévolues à ma mère.

     

    Dès lors, ce qui devait arriver arriva : peu à peu, à l’hostilité succédèrent l’estime réciproque puis l’amitié virile. Que voulez vous faire dans une situation pareille ? Mon papa et moi étions devenus copains, il ne pouvait plus être question de le tuer, même pour faire plaisir à Monsieur Freud !

     

    Quant à ma mère, j’ai été obligé de renoncer à mes projets. Car aussi loin que je remonte dans ma mémoire, j’ai toujours eu un principe sacré : on ne touche pas à la femme d’un pote !

     

     

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