• La chute de l'Empire Gaulois

    C’est curieux quand même : il y avait sur ce territoire un peuple gaulois et il a disparu ! Je ne sais pas si ses habitants s’appelaient eux-mêmes comme ça, mais ils existaient bel et bien. Ils étaient dispersés sur un vaste  territoire, certes ! Ils passaient leurs temps à se faire la guerre, certes ! Mais ils  avaient la même langue, les mêmes dieux,  les mêmes rites religieux, les mêmes traditions culinaires,  la même façon de s’habiller, de se marier, de s’enterrer, d'agencer l'intérieur de leurs maisons… D’une façon ou  d’une autre, ils avaient conscience de constituer une entité. Ils se sont même réunis une fois pour  lutter contre l'ennemi commun.

    Et puis, un jour, ils ont fini par s'unir. Sous tutelle étrangère, comme c'est souvent le cas. Ils sont devenus Gallo-Romains. Plus ou moins volontairement.  Plutôt plus que moins d'ailleurs, après avoir perdu leur guerre de libération nationale. Je ne pense pas qu’ils se  soient jamais appelés Gallo-Romains d’ailleurs. Une chose est sûre: ils ont fini par disparaître. Culturellement, je veux dire.  Les Romains n’ont pourtant jamais interdit leur  religion, n’ont jamais persécuté leurs druides, ne leur ont pas demandé de changer de nourriture, ni  interdit leurs danses… Mais ils ont disparu quand même. Pas  physiquement, non ! Disparu en tant que peuple gaulois de culture celtique, en peu de temps.  D’autres peuples sont venus plus tard  sur leur territoire. Ils se sont mélangés. Ils sont devenus Francs, du nom des nouveaux vainqueurs, puis Français. Il n’y a pas eu de  massacres de Gaulois, mais les Gaulois ont disparu. Ou plus exactement, leur âme a disparu : langue,  religions, coutumes, habillements, traditions, druides, tout a disparu en quelques siècles comme par enchantement ! Il n'en reste pour ainsi dire rien !

    Dans une autre région du monde, un peuple, pas plus nombreux que les Gaulois, certainement moins d'ailleurs, avait déjà été chassé  de son territoire et s’était déjà dispersé à la surface de la terre : le peuple juif. Pendant des  millénaires, ils ont été persécutés, chassés de certains pays, cantonnés dans des ghettos. Leur religion a été interdite, leurs  pratiques culturelles stigmatisées, certaines communautés massacrées… ! Et pourtant (ou peut-être à cause de cela), eux, ils ont  continué à se sentir peuple. Aux quatre coins du monde, ils ont continué à prier, à se baptiser, à se  marier, à danser, à chanter comme des juifs parce qu’ils se sentaient juifs ! Et ils ont même fini  par retourner dans  le pays d’où ils avaient été chassés plusieurs millénaires auparavant par…  je ne sais plus… des Babyloniens, des Mésopotamiens ou des Assyriens, bref, par des peuples qui n’existent plus aujourd'hui. Qui n’existent  plus culturellement, je veux dire ! remplacés ou noyés, comme les Gaulois, dans les grands bouleversements historiques,  culturels et migratoires  qui ont eu lieu au cours des siècles.

    Quelles leçons tirer de cela ? Je vais vous le dire: je n’en sais fichtrement rien !  Mais j'ai des questions, si vous voulez  :

    -  Lequel de ces deux peuples a eu le plus de chance ? Lequel a le mieux vécu ? Le malheur des juifs est-il compensé par la création de l'Etat d'Israël ? Autrement dit,  être (ou rester) peuple est-il un objectif absolu ? 

    - Les Gaulois ont-ils gagné ou perdu au change en décidant de ne remplacer qu'un druide sur deux partant à la retraite ? Si ça se trouve, l'exception culturelle est une foutaise et il faut abandonner sa propre culture pour aller de l'avant, qui sait ?

    - Et puis qui sait de quoi sera fait demain ?

    - Quel Gaulois aurait osé prédire, après la victoire de César, que  l'immense Empire Romain serait battu quelques siècles plus tard par quelques hordes de barbares incultes ?

    - Quel Romain  aurait osé parier, au début de notre ère, que la religion des esclaves de Rome deviendrait, quelques siècles plus tard,  celle des grands Empires d'Europe ?

    Le paradoxe suprême étant qu'aujourd'hui, les nations pratiquant la religion des esclaves romains sont dans la situation de Rome à son apogée : puissantes, cultivées, arrogantes et blasées ; alors que  la foi inébranlable qui déplace les montagnes a le visage hideux de barbus sanguinaires qui rétablissent immédiatement l'esclavage dans les territoires qu'ils contrôlent.

     

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