• Una furtiva lagrima

     

    "Una furtiva lagrima" a illustré au moins trois films que j'ai aimé revoir cette année, dont le superbe Match point de Woody Allen .
    C’est une chanson d’amour "elle m’aime, mon dieu, si elle m’aime, que demander de plus.... ses yeux brillants..."
    Mais le morceau est toujours choisi pour illustrer la même situation : Le moment ou le destin va basculer, ce moment de calme avant la tempête où tu as pris la décision qui ne te permet pas de retourner en arrière. Tu as fait quelque chose d’irréversible et tu es seul à le savoir pour l’instant.
    Les conséquences vont arriver de façon tout aussi irréversible.

    C’est le moment, par exemple, où tu quittes une personne que tu aimes et que tu ne verras plus jamais. Tu le sais. En franchissant la porte, tu te retournes. Elle te regardait partir et t’adresse un sourire triste. Tu n’aurais pas dû lui tourner le dos. La dernière image qu’elle aura de toi, c’est toi en train de t’en aller. Ca te fait chier. Mais il faut que tu retournes bosser là-bas, loin. Dans le couloir de l’hôpital, des images envahissent ta mémoire. 
    Tu te souviens qu’elle t’a pris sur son ventre et qu’elle pleurait. De joie, de souffrance à cause de la césarienne, d’émotion que cet instant tant attendu soit enfin arrivé. Ce sont ses souvenirs à elle, mais ce sont les tiens aussi.
    Tu te souviens d’elle, assise sur le canapé à trois heures du matin, de train de t’attendre. Elle avait prévu de t’engueuler mais elle est tellement soulagée qu’il ne te soit rien arrivé qu’elle te demande si tu ne veux pas qu’elle te réchauffe un peu de soupe.
    Des images d'elle se bousculent dans ta tête. Tu la revois  assise sous un arbre en train de discuter avec une amie. Dans le salon en train de pleurer dans les bras de ton père. En train de regarder d'un air faussement sévère ton bulletin scolaire...
    Elle va mourir et tu ne seras pas là. Tu vas l’apprendre par le téléphone, tu vas te précipiter pour la rejoindre mais ça n’aura plus d’importance. Le dernier moment entre elle et toi, c’est toi en train de disparaître le dos tourné dans le couloir blanchâtre d’un hôpital.
    Elle était retournée en enfance. On la trouvait assise par terre dans le salon en train de jouer à la dînette avec les napperons de la table basse. Mais en nous voyant, elle retournait s’asseoir dans son fauteuil comme si de rien n'était et nous parlait normalement. Ses rapports avec nous n’ont jamais changé. D’ailleurs c’est elle qui m’a dit de retourner bosser.
    Non, non, pas tout à fait ! Elle ne m’a pas dit cela. Mais elle le pensait, certainement. 

    Enfin, peut-être… Je ne sais pas.

     

    « Cupidon est mortEt un lexomil, un ! »