Eklablog Tous les blogs Top blogs Humour
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

De part et d'autre du miroir

Publié le par Carlus

(C'était il y a longtemps)


Depuis ma séparation (ça va faire, quoi ? neuf ans déjà ?) je suis entré dans un nouveau monde, dans une autre dimension spatio-temporelle, comme dirait ma fille férue de science-fiction. Je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite. Peu de temps après la rupture, aux amis qui me demandaient quelle était la différence entre ma nouvelle vie et l'ancienne je répondais : "c'est la même vie, une épouse et des cachotteries en moins". Pas si simple ! Moi je n'ai peut-être pas changé (et encore, je n'en sais rien !) mais le monde autour de moi a changé ou plus exactement les gens qui peuplent mon univers ont changé. 

Je me promène depuis quelques années dans un monde souterrain peuplé d'âmes en peine. Un monde peuplé de personnages tristes le regard vide comme des ombres arpentant les pavés de l'enfer en proie au doute, au regret et à la douleur. Pourtant ce sont les mêmes personnes que dans l'autre vie. Mais là où l'ancienne m'affirmait " Moi, me marier ? Non merci , j'ai déjà donné ! pour rien au monde je ne renoncerai à ma liberté !" la nouvelle me confie " la solitude me pèse, Carlus ! je me sens devenir aigrie...." Là où l'ancien me disait en riant "vivement que ces morveux deviennent adultes que j'en sois débarrassé...!" le nouveau m'avoue " ils lui ont fait un cadeau pour la fête des pères...! tu te rends compte de ce que ça signifie? ils le considèrent comme un père...!" 
Eh oui, je suis passé de l'autre côté du miroir, là où on voit la face cachée des gens, leur misère affective, leur solitude, leur dépression. Je ne vous souhaite pas bienvenue dans ce monde. Il est triste. 

J'aimais bien l'ancien monde. Tout y était plus clair, plus carré, plus balisé. Quand on est marié-trois-enfants, quand on recrute ses amis parmi ses collègues de bureau, quand on a comme principaux soucis des soucis professionnels, la vie est plus simple ! On a des repères, des garde-fous. On sait ce qui est vrai : l'amitié, le goût de l'effort, l'envie de s'en sortir, On sait ce qui est mauvais : baisser les bras, céder au découragement, se plaindre sans cesse. Du bon côté du miroir, on est sympa : on dit un mot d'encouragement à celui qui a échoué à son concours et on passe rendre visite à l'ami malade du cancer pour lui donner l'assurance qu'il va s'en tirer. 

Dans la nouvelle dimension, les mots sont plus flous, les gens plus fragiles et les certitudes plus rares. Tout est  mouvant et subjectif. On passe volontiers du temps à écouter un ami malade ou une copine larguée. On aime bien passer le week-end à ne rien faire. Surtout quand la pluie et la grisaille vous donne ce vague-à-l'âme qui ressemble vaguement à du bonheur.  Dans cet univers caché, la compassion et l'affectif tiennent une place essentielle. On apprécie les confidences, les marques d'amitié, les silences, les pleurs...

J'aimais bien ma vie d'avant. Mais pour une raison que je ne saurais expliquer, je sais que je n'y retournerai pas. 

 

Commenter cet article
D
En veine de confidences.
Répondre
C
Je crois que j'arrive à l'âge où l'on ne vit que par réminiscence.