Lucifer terrassant le dragon
Merde ! je viens à peine de m'endormir qu'il débarque chez moi
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Belzébuth : Salut Carlus tu m'as appelé ?
Carlus (dans un murmure) : Oui
Belzébuth : Comment ça se fait ? qu'est-ce qui se passe ? D'habitude quand je débarque chez toi, tu paniques, tu pousses des cris d'orfraie
Carlus : oui mais là, je ne comprends plus rien, je suis dans la confusion la plus totale, j'ai des crises de panique, des sueurs froides
Belzébuth : Mais va voir un médecin mon vieux ! Rassure-toi, ton heure n'est pas venue, si c'est ça qui t'inquiète
Carlus : Mais c'est pas physique, c'est l'actualité internationale.
Belzébuth : Ben, v'là autre chose ! Et que veux-tu que je fasse pour toi ?
Carlus : Je voudrais que... qu'on m'explique... je voudrais avoir les clés pour comprendre
Belzébuth : J'ai pas de temps à perdre, mec ! Lis le Monde et Libé, il parait que ça calme
Carlus : Mais non justement, quand j'entends Joffrin quasiment approuver les frappes sur l'Iran, j'ai du mal à comprendre, je perds mes repères et ça m'angoisse.
Belzébuth : Aaah... Je vois ... Écoute je suis un peu pressé là... Je vais te recommander quelques petits blogs de derrière les fagots, et des influenceurs X , TikTok et Telegram pas piqués des hannetons,
Carlus : Comment ça vous êtes pressé ? Moi je ne dis rien quand vous débarquez chez moi à n'importe quel moment pour avoir l'avis d'un humain représentatif,
Belzébuth (amusé): Euuhh... Chez nous , on dit plutôt l'avis du con de base, mais bon, là n'est pas le problème. Ok pose-moi tes questions ? Qu'est-ce que tu ne comprends pas ?
Carlos : Dans la guerre USA - Iran d'aujourd'hui, c'est qui les gentils et c'est qui les méchants ?
Belzébuth : ah... oui oui ok... Je vois que tu es toujours aussi... aussi ''représentatif''. Tu peux préciser un peu s'il te plaît ?
Carlus : écoutez, depuis mon enfance, quand une guerre se produisait, il y avait toujours deux camps bien séparés. On pouvait changer de camp mais il y avait deux camps.
Belzébuth : Et alors ?
Carlus : Comme pour la guerre du Viet-Nam, même quand on était anti-communiste, on savait quand même que c'était les USA qui étaient les méchants
Belzébuth ( l'air ennuyé) : Oui oui mais... je ne vois pas où tu veux en venir...
Carlus : Ca me parait limpide, enfin ! quand David terrasse Goliath, les choses sont claires. Quand Saint-Michel terrasse le dragon, les choses sont claires.
Belzébuth (moqueur) : : Houla tu as du te documenter longtemps avant de trouver ça
Carlos : Quand les USA ont renversé Mossadegh en Iran on savait de quel côté on était
Belzébuth ( rêveur) : Aaah, la Perse, les mille et une nuits...
Carlus : Quand Pinochet avec l'aide des États-Unis renverse le gouvernement Allende, tout le monde sait de quel côté il est : la lutte contre le communisme ( et tout qui pouvait y ressembler) ou le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes
Belzébuth : Bon OK ! où veux-tu en venir exactement avec cette litanie
Carlus : ben, à ceci : les États-Unis ont à leur tête aujourd'hui le dirigeant le plus autoritaire, le plus mercantile, le plus grossier de l'histoire des USA. Pour lui, il a la puissance militaire et économique suffisante pour détruire tous ceux qui refusent de se plier à ses désidératas, on doit donc lui obéir.
Belzébuth : Mais c'est vrai, non ? Dans quel monde tu vis, toi ? Tu voudrais que le plus faible dicte sa loi au plus fort ?
Carlus : Non, ce n'est pas ce que je veux dire. Ce que je veux dire c'est qu'aujourd'hui le peuple iranien pour se libérer d'une dictature affreuse, compte sur un dirigeant admirateur de Kim jong-il et de Poutine. C'est quand même paradoxal, non ?
Belzébuth : Et alors c'est quoi ton problème ? Tu voudrais décider de qui il a le droit d'admirer ou pas ?
Carlus : Mais non ! Ce que je veux dire c'est que je ne comprends pas comment la démocratie pourrait être restaurée en Iran par un type qui dit de Kim Jun il ''quand il parle, son peuple l'écoute. J'aimerais bien qu'il en soit de même dans mon pays''.
Belzébuth : Par qui voudrais-tu qu'ils soient libérés, les Iraniens ? Tes amis les gentils européens ne font pas la guerre, même quand leurs propres amis européens sont attaqués ! Enfin... attaqués... disons plutôt corrigés par un mec qui a des couilles, lui !
Carlus : Oui mais vous êtes trop premier degré. Ce que je voulais souligner, c'est l'ironie de la situation, le paradoxe. C'est comme si Dieu, pour terrasser le dragon, avait choisi non pas Saint-Michel mais Lucifer.
Belzébuth : Non, nous, on ne fait pas ça. On ne met pas notre force au service de l'ennemi.
Carlus : C'est comme si on apprenait que Jeanne d'Arc était en fait une Bourguignonne venue bouter les Anglais hors de France
Belzébuth : A propos de Jeanne d'Arc, j'en ai une bien belle à te...
Carlus : Non, merci, je ne veux pas savoir ! C'est comme si on disait que Pétain avait été un grand résistant...
Belzébuth : Et alors ? je connais un intello très intelligent, très cultivé qui te démontrera que c'était lui le gentil dans l'affaire...
Carlus : Bon, OK OK ! Je savais bien que vous n'étiez pas la bonne personne avec qui parler de mes angoisses. Mais comprenez-moi, qui voulez que j'appelle en pleine nuit ?
Belzébuth : Oui d'ailleurs, le jour va se lever, il faut que je m'en aille !
Carlus : Merci quand même de m'avoir écouté
Belzébuth : Pas de quoi, Carlus ! Sache que tu nous es vraiment nécessaire pour mieux connaitre le genre humain, ses rêves et ses cauchemars.
Carlus : Oui, mais c'est pour mieux nous baiser, non ?
Belzébuth : Aah, ça y est, le jour se lève, il est temps de te réveiller. A la prochaine, mon pote, bye !



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