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Esclave de l’esclavage 

Publié le par Carlus

(Réactivation d'un article de 2017 - avec les commentaires- qui montre bien à mon avis que les indigénistes et autres racialistes qui ne se définissent QUE par la couleur de leur peau ne peuvent pas se revendiquer, par exemple,  de... Frantz Fanon !)


 Il y a un écrivain ( et un bon !) qui a répondu par avance à tous ceux qui exigent aujourd'hui de l'Homme Blanc et les excuses, et la repentance , et des réparations financières pour le préjudice subi par leurs ancêtres. Cet écrivain engagé, noir de peau, c'est Frantz Fanon qui, alors même qu'il participait aux côtés des Algériens à la lutte pour leur indépendance écrivait ceci à l'attention de ses frères noirs dans Peau noire et masque blanc

Quelques extraits qui montrent, en plus, que le bougre savait écrire, et de la plus belle manière qui soit.

 

Seront désaliénés Nègres et Blancs qui auront refusé de se laisser enfermer dans la Tour substantialisée du Passé.

Je suis un homme, et c’est tout le passé du monde que j’ai à reprendre. En aucune façon je ne dois tirer du passé des peuples de couleur ma vocation originelle.

Ce n’est pas le monde noir qui me dicte ma conduite. Ma peau noire n’est pas dépositaire de valeurs spécifiques.

N’ai-je donc pas sur cette terre autre chose à faire qu’à venger les Noirs du XVIIème siècle ?

(...)

Je n’ai pas le droit, moi homme de couleur, de rechercher en quoi ma race est supérieure ou inférieure à une autre race. Je n’ai pas le droit, moi homme de couleur de souhaiter la cristallisation chez le Blanc d’une culpabilité envers le passé de ma race. Je n’ai pas le droit, moi homme de couleur, de me préoccuper des moyens qui me permettraient de piétiner la fierté de l’ancien maître. Je n’ai pas le droit ni le devoir d’exiger réparation pour mes ancêtres domestiqués. Il n’y a pas de mission nègre ; il n’y a pas de fardeau blanc.

(...)

Ma vie ne doit pas être consacrée à faire le bilan des valeurs nègres. Il n’y a pas de monde blanc, il n’y a pas d’éthique blanche, pas davantage d’intelligence blanche. Il y a de part et d’autre du monde des hommes qui se cherchent. Je ne suis pas prisonnier de l’Histoire. Je ne dois pas y chercher le sens de ma destinée. Je dois me rappeler à tout instant que le véritable saut consiste à introduire l’invention dans l’existence. Dans le monde où je m’achemine, je me crée interminablement.

Vais-je demander à l’homme blanc d’aujourd’hui d’être responsable des négriers du XVIIème siècle ? Vais-je essayer par tous les moyens de faire naître la culpabilité dans toutes les âmes ? La douleur morale devant la densité du Passé ? Je suis nègre et des tonnes de chaînes, des orages de coups, des fleuves de crachats ruissellent sur mes épaules. Mais je n’ai pas le droit de me laisser ancrer. Je n’ai pas le droit d’admettre la moindre parcelle d’être dans mon existence. Je n’ai pas le droit de me laisser engluer par les déterminations du passé. 

Je ne suis pas esclave de l’Esclavage qui déshumanisa mes pères.

 

 

Esclave de l’esclavage 

Commenter cet article
D
Les preneurs de l'Elysée sont pitoyables, mais dangereux.
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D
Si ce texte est beau, Fanon était d'une particulière violence vis à vis des Européens. Voici un jugement de Julien Damon : "Ses prises de position sont maintenant très critiquées dans la mesure où elles conduisent à une culpabilisation peut-être exgérée de l'Occident et à une stratégie de la terreur dont le caractère radical peut faire frémir."
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S
Un plaisir à lire. Le texte est aussi beau par la forme que par le fond.
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D
Très beau. Un point de vue qui ne sera sûrement pas partagé par beaucoup (dont Taubira), et notamment par les blancs qui se complaisent dans l'auto-flagellation.
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