Les gentils touristes
Ils sont dans une région en guerre. Une région ravagée par des groupes islamistes d’une sauvagerie et d’une barbarie figurant en bonne place dans l’histoire de la barbarie humaine. L’année dernière, une patrouille d’une cinquantaine de soldats nigériens a été décimée par un groupe terroriste. EN 2017, quatre soldats américains et cinq soldats nigériens ont été tués dans une embuscade tendue par l’Etat islamique.
Mais ils décident, malgré tout, d’aller faire du tourisme dans cette partie du monde. Pour prendre des photos d’une espèce de girafe en voie de disparition.
Nous sommes devenus les bisounours de la planète. Quelques décennies à peine après deux guerres mondiales d’une cruauté sans précédent, nous avons oublié que le monde est dangereux, que les gens sont méchants et que, même lorsqu’ils sont gentils, c’est l’occasion qui fait le larron.
Nous partons donc faire de la randonnée, de l’escalade ou du tourisme un peu partout dans le monde en partant du principe que nous n’avons rien à voir personnellement avec les guerres en cours et donc que personne ne voudra nous faire du mal.
- En 2011, c’était un couple de suisses partis faire du tourisme en camping-car au Pakistan ! Oui, du tourisme au Pakistan, en couple dans la province du Baloutchistan, région frontalière de l’Afghanistan. Faut le faire, non ? Et je précise : pas des Suisses issus de la diversité, pas des Suisses d’origine pakistanaise ou maghrébine ! Non, non ! Des suisses-Suisses, des Suisses helvètes, des Suisses de souche faisant du camping-car dans une région tribale du Pakistan.
J’ai parfois des envies de meurtres envers les victimes !
Ils ont eu de la chance : leurs ravisseurs avaient un besoin urgent de cash : leur périple en camping-car a coûté à la Suisse, selon les estimations, entre trois et quatre millions de dollars.
- En 2013, c’est un groupe de neuf alpinistes, dont six Européens (Slovaques, Lituanien, Ukrainiens) qui décident de gravir la montagne Nanga Parbat, surnommé par les autochtones "la montagne de la mort" au nord du Pakistan.
Eux ont eu moins de chance : Ils ont été retrouvés ligotés et abattus d’une balle dans la nuque. La police locale pense que deux bandes rivales se sont disputé à propos de leur capture (et de la rançon qui s’ensuivrait) et, n’ayant pas trouvé d’accord, ont préféré ne pas laisser de témoins de leur dispute avant de se séparer.
- En 2014 c’est un Français qui a eu envie de faire du "trekking" en Kabylie. Le trekking c’est une randonnée pédestre dans une région montagneuse. Lui, il a choisi l'Algérie, la Kabylie plus précisément !
Tout le monde savait en Kabilie que, quelques mois plus tôt, onze militaires algériens avaient été abattus dans cette région par des islamistes.
Mais notre randonneur pédestre n’est au courant de rien et, de toute façon, il ne veut pas savoir ! Il n’a rien à voir avec cette guerre. Il veut seulement profiter des merveilleux paysages de la Kabylie. Qui pourrait donc lui vouloir du mal ? De toute façon, si on le capture, il expliquera à ses ravisseurs qu’il est pour la paix, qu’il déteste la guerre et qu’il adore l’Algérie, sa culture et ses paysages ! Normalement quand tu dis à l'autochtone, il te laisse partir en te souhaitant la bienvenue .
Les islamistes algériens, non. Eux, ils l’ont capturé, puis trois jours après, l'ont décapité. Puis ils ont envoyé la vidéo de décapitation dans le monde entier pour servir la propagande de l'Etat Islamique.
Oui, car, ces gens-là, eux, connaissent la nature humaine et savent que les gens ne sont pas gentils et que les vidéos de décapitation et autres atrocités, loin de desservir leur cause, leurs attirent de nouvelles recrues désireuses de commettre les mêmes exactions.
- En 2012 Sophie P. une travailleuse humanitaire au Mali échappe de justesse à une tentative d’enlèvement. Sa fuite a mis en danger la vie des Maliens qui l’ont aidé. Les diplomates algériens qui l'ont cachée dans leur ambassade ont été capturés ensuite par les terroristes.
Quatre ans plus tard, en 2016, Sophie P. décide, toute seule, comme une grande, sans consulter personne et surtout pas les autorités françaises, de retourner au Mali. Cette fois, ils ne la loupent pas et elle se fait enlever pour de bon. A ce jour, elle est toujours retenue en otage et sa famille ne comprend pas que les gouvernements français successifs ne réussissent pas à obtenir sa libération (c’est-à-dire, refusent de payer la rançon).
Non, c’est pas des envies de meurtres que j’ai contre ces malheureuses victimes, c’est une immense pitié ! Une immense pitié pour les derniers gentils de la Terre, qui continuent à rêver d'un paradis ou le Loup et l'Agneau se côtoieraient en toute amitié et dans le respect mutuel, comme dans le paradis des témoins de Jéhovah.

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