Les vieux amants
Les vieux amants. Non non, pas ceux de Brel, ceux de Carlus !
Ma bien-aimée, ma chère amie
Ma tendre épouse nonagénaire
En ce beau jour anniversaire
de cette vie de monotonie
Je veux te le dire aujourd’hui :
Tu es devenue mon repère
l’unique centre de ma vie.
Car mon exercice quotidien
mon parcours de marathonien
consiste à faire un tour complet
sans aucune pause et sans arrêt
de ta très grande circonférence
de ton énorme corpulence.
Mon tendre amour, mon bien-aimé
Mon cher époux atrabilaire
Je suis heureuse de contribuer
à sauvegarder ta frêle santé.
Mais puis-je te confier un secret ?
En te voyant tourner autour
de mon corps et de mes atours
Je n' puis m’empêcher de penser
au temps béni de ma jeunesse
où tu contournais ces mêmes fesses
le cœur et le corps plein d’ardeur
sans l’aide d’un déambulateur.
Ma tendre épouse hypertrophiée
J’ai perdu, je le reconnais
un peu de cette rigidité
de cette belle virilité
qui fit ma joie et ma fierté.
Mais en toute objectivité
Peux-tu vraiment me reprocher
de rester mou quand il faudrait
être acrobate pour te sauter
ou alpiniste pour te grimper
au risque de voir mon cœur lâcher ?
Mon tendre amoureux grabataire
je comprends bien ton anxiété
Mais il faudra hélas t’y faire
Ce projet est bien trop osé
pour ta petite perche nécrosée
Le temps s’en va emportant tout
y compris nos rêves les plus fous
Et aujourd’hui ton petit bout
Est devenu beaucoup trop mou
pour faire trait d’union entre nous.
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