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Petite Marie, pleine de grâce

Publié le par Carlus

- Ne blasphème pas, Carlus ! Je te rappelle que tu es dans un confessionnal !
- Je vous jure que c'est moi le père de l'enfant, mon père ! Personne ne veut me croire... pourtant il faut bien que je me confesse  !
- Tu m'en diras tant ! Allez, je t'écoute, mon fils ! Mais fais vite !

- Je confesse, mon père, avoir participé à un horrible canular au détriment de braves gens qui ne méritaient pas d'être ainsi bernés. Tout a commencé le jour où la petite Marie est venue m'annoncer qu'elle avait plus de vingt jours de retard dans ses règles et qu'elle pensait être enceinte. Tout d'abord, j'ai pensé à une blague. Une sacrée déconneuse, la petite Marie, vous savez, mon père ! Mais très rapidement, j'ai compris qu'elle ne plaisantait pas ! Je lui ai demandé ce qu'elle comptait faire. Et là, elle m'a répondu, très énervée : "ce que JE compte faire ??? c'est seulement MON problème ??? parce que TOI tu n'y es pour rien, je suppose ???" Son visage était méconnaissable et son regard furieux. Elle m'a fait peur. C'est vrai que nous risquions tous les deux la lapidation. Je ne comprends pas comment ça a pu arriver : nous utilisions le moyen contraceptif le plus moderne: le coïtus interruptus... Oui, mon père, je sais que c'est péché !

Oui, pardon, mon père, je continue... Marie me fait donc savoir que c'est NOTRE problème et que je suis prié de lui trouver une solution dare-dare parce qu'elle, elle n'en voit pas. Comme tous les hommes confrontés à cette situation, je commence par vérifier que la formulation du problème ne présente pas de faille et je lui demande : "il est de moi ?" Le regard qu'elle m'a jeté, mon père !!! J'ai cru que j'allais être foudroyé sur place ! J'ai essayé de rattraper le coup en lui disant "Non, je voulais dire que tu pourrais coucher rapidement avec Joseph, ton fiancé, et lui faire croire qu'il est de lui!". Et là elle me répond toujours très en colère "Parce que tu penses que j'aurais attendu sur toi pour me suggérer l'idée , pauvre cloche ? Eh bien, voilà, il est là le problème ! Mes parents l'ont choisi pour sa piété et même en insistant beaucoup, il refuse de le faire avant le mariage"!

Bref, mon père, nous étions là, fatigués et à court d'idée lorsqu'elle se mit à se lamenter en répétant "Mon Dieu, aidez-moi ! Mon Dieu, aidez-moi !" Juste pour la détendre un peu, j'ai tenté une plaisanterie et je lui dis "Pourquoi il t'aiderait ? c'est pas lui le père !". Cette remarque, loin de la faire sourire, la figea. Elle tourna lentement son visage vers moi, les yeux écarquillés, le regard fixe, l'air pensif et murmura comme à elle-même : "Mais qu'est-ce que tu en sais...?" .
L'idée qui germa alors dans sa tête dépasse l'entendement, mon père ! Elle eu l'idée d'attribuer la paternité de son bébé à Dieu lui-même ! Oui mon père, au Tout-Puissant,  à l'Eternel, à Yahvé lui-même.  Et plus elle m'en parlait, plus elle avait l'air d'y croire. Au bout d'un moment, elle affirma même que nous n'avions jamais couché ensemble et comme je tentais de la ramener à la raison, elle me rétorqua que même si, par hypothèse, elle avait couché avec quelqu'un, ce ne serait certainement pas avec un détraqué crasseux comme moi, mais avec un homme de corps et d'esprit sains.

Elle s'occupa de tous les détails, de ses parents, des commères du village, de son fiancé. Pour ce dernier, elle me confia juste un petit rôle dans son scénario bien huilé. Un soir, elle le fit boire plus que de raison et me fit intervenir sous le patronyme de Gabriel avec un curieux déguisement pour lui annoncer à la lueur des bougies qu'il avait eu la chance de gagner le gros lot d'un grand concours visant à trouver une couverture légale aux amours clandestines d'un puissant de ce monde. Joseph, l'esprit un peu embrumé par l'alcool, parut heureux dans un premier temps d'apprendre qu'il avait été choisi parmi de nombreux candidats, mais il se mit à insister lourdement pour savoir quelle somme il avait gagnée et commençait déjà à faire des plans sur la comète en parlant de quitter son "boulot de merde" et d'aller s'installer à Rome avec sa chérie. Je lui répondis que c'était purement honorifique et qu'il devrait continuer à travailler le bois comme avant pour ne pas éveiller les soupçons que ne manquerait pas de susciter un enrichissement trop rapide. Alors il s'emporta, hurlant qu'il y avait arnaque, qu'il n'avait jamais demandé à participer à cette tombola et qu'il n'hésiterait pas à me traîner en justice.

Mais face aux arguments de Marie et l'alcool aidant, il finit par céder exigeant seulement la garantie que ce serait "pour de faux" et que le puissant personnage en question ne toucherait pas à sa femme.  Marie lui jura que personne ne la toucherait  jusqu'à l'accouchement, même pas lui.

Au moment de recueillir sa signature, j'eus malgré tout un petit pincement au cœur à l'idée de ne plus pouvoir la toucher. Car, pardonnez moi, mon Père, mais Dieu ! qu'elle était belle, la petite Marie, avec son air de sainte Nitouche, son regard de madone et sa sensualité à fleur de... oh, pardon, mon père !

Voilà, mon père, l'abus de confiance dont je me suis fait le complice et que je tenais à confesser aujourd'hui dans l'espoir que le pardon des hommes me sera un jour accordé.  


PS : Joyeux Noël à tous

 

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