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Pourquoi je me méfiais d'elles

Publié le par Carlus

 

Il y a bien longtemps 

Sganarelle :
Eh quoi, Don Carlus, Dame Cynthia me paraissait avoir toutes les vertus que l’on est en droit d’attendre d’une personne du beau sexe et son attachement pour vous ne faisait aucun doute !

Faut-il donc, dès lors qu’une personne de son sexe présente quelques dispositions à vous plaire, que vous vous empressiez de lui trouver quelques menus travers que vous présenterez aussitôt comme étant incompatibles avec vos penchants ?

Et ne seriez-vous pas plus avisé de vous interroger sur votre propre incapacité à vous attacher au cœur d’une belle qu’à disserter sans fin sur le caractère retors de la nature des femmes ?

Don Carlus :
Le diable est dans les détails, mon brave Sganarelle, et les bonnes dispositions qu’affichent ces perfides créatures ne viennent souvent que du désir d’oublier un amour déçu en se jetant dans les bras du premier prétendant venu, fût-il le dernier des gueux ! Dans la déraison de ces êtres étranges, un amour est d’autant plus beau qu’il est mort et l’amant qui les a quittées est paré de toutes les vertus !

N’aurais-tu donc rien de plus exaltant à me proposer, mon ami, que d’être dans le coeur d’une femme le masque derrière lequel elle cache son chagrin ou de me résigner à n’être qu’un gentil compagnon pour qui l’on éprouve des sentiments semblables à ceux qu’on a pour un animal de compagnie ?

Sganarelle :
Sachez, mon bon maître, qu’il n’est rien de plus préjudiciable à la justice que de prêter à tous des tares constatées chez un seul. Et tel qui croit comprendre l’âme féminine à partir d’un dépit provoqué par une seule femme, ne saurait prétendre au titre de sage ou de philosophe qu’auprès de ses congénères cornus et déçus, ce qui constitue, vous en conviendrez aisément, un bien mauvais public.

Manquez-vous donc à ce point de confiance en vous-même qu’il vous faille chercher à tout prix dans la tête des femmes à qui vous plaisez, des idées que vous n’avez trouvées que dans la tête d’une seule ? Et est-il de bon augure pour trouver l’âme sœur de se méfier de toutes les femmes en leur prêtant des pensées triviales dont elles ignorent tout ?

Don Carlus :
Tes propos illustrent bien, mon cher Sganarelle, la position des hommes d’aujourd’hui face à ces créatures machiavéliques ! A défaut de les comprendre, nous avons décidé de leur faire confiance et de tenir pour vérités les mensonges qu’elles profèrent impunément, y compris à elles-mêmes !

Telle qui prétend vous aimer vit encore dans le souvenir d’un amant idéalisé par le chagrin, et n’aura rien de plus pressé que de comparer ses qualités supposées à vos défauts bien réels pour en tirer la conclusion qu’elle l’aime encore davantage !
Et telle autre qui fait tout pour se faire aimer n’a comme but que de se rassurer sur son pouvoir de séduction et vous éconduira sans égards une fois votre cœur enflammé !

Pour ma part je refuse absolument que l’on me montre des vessies en me les présentant comme des lanternes ! Et je te le dis solennellement : pour moi ce sera l’Amour-Passion ou Rien ! Et par Rien, j’entends : tout le reste, qui est, ma foi, fort agréable et dont je me contente fort bien depuis de nombreuses années, comme tu peux en témoigner !

Si Cupidon, dans son aveuglement légendaire, estime m’avoir déjà suffisamment servi, eh bien, qu’il aille au Diable ! je saurai me passer de ses services ! Et je préfèrerais pactiser avec Belzébuth lui-même plutôt que de passer un compromis boiteux avec ce Dieu bouffi et stupide !

Sganarelle :
Belzébuth, mon maître, n’est peut-être pas si loin et il me semble qu’il a déjà pensé à vous il n’y a pas si longtemps, en vous envoyant une garce dont j’ai quelques souvenirs ! Et je ne saurais donc trop vous conseiller d’éviter d’avoir de nouveau affaire à lui.


Don Carlus :
Cessons de philosopher, mon ami, cela nous sied mal ! Et partons encore une fois à la conquête de ces étranges et sublimes créatures.

Le bonheur est sur le chemin du bonheur, dit-on. Explorons donc sans relâche les sentiers escarpés et tortueux du plaisir. Et puisque la vie est courte, multiplions les occasions d’en jouir. Profitons de leur beauté et de leurs lèvres et laissons leurs coeurs aux malheureux à qui elles ont décidé de les offrir !


Sganarelle (tout bas) :
Pfftt ! Il me faudra encore supporter à la prochaine rencontre le voir s’emballer plus que de raison et l’entendre ensuite pester contre la gent féminine ! La peste soit de ce fâcheux personnage qui se prend pour ce qu’il n’est pas !




 

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