Quel beau discours !
Un discours de sénateur, c'est normalement chiant. Mais en voici un intelligent, pédagogique, moqueur, ironique bref un discours comme je les aime, sur la forme et sur le fond, prononcé par un sénateur qui est par ailleurs médecin épidémiologiste. Je souscris à TOUT !
Chers collègues
Déconfiner ou ne pas déconfiner, telle est la question. Je suis fasciné de découvrir que nous avons autant d’experts pour y répondre sur toutes nos chaînes de télévision. (...)
A force de tous les regarder j’ai découvert un théorème que je vous propose : plus il y a d'experts moins on comprend. Heureusement il reste les politiques. J’ai suivi le débat à l’Assemblée nationale mercredi. Il y a là-bas des virtuoses du coronavirus ! Ils vous ont expliqué ce qu’il fallait faire, ce qu’il n’aurait pas fallu faire, ce qu’il faut faire aujourd’hui, et ce qu’il faudra faire demain. Je revois encore le professeur Mélenchon de la faculté de médecine de La Havane pointer sur vous un doigt vengeur et vous lancer d’une voix de stentor "il y aura un deuxième pic de l’épidémie et vous le savez"! Impressionnant ! J’étais au bord du retweet. Devant tant de recommandations de spécialistes, je n’ose pas vous proposer les miennes, moi qui ne suis qu’un simple médecin épidémiologiste.
Je voudrais juste me borner à quelques réflexions sur certaines idées qui me paraissent fausses.
La plus absurde c’est que le libéralisme est la cause de la pandémie. Dans ce pays où beaucoup préfèrent Robespierre à Tocqueville et où l’on préférera toujours se tromper avec Sartre qu’avoir raison avec Aron, c’est toujours le libéralisme qui porte le chapeau. Même les plus ignares des antimondialistes, et les populistes les plus complotistes devraient pourtant savoir (puisque même Google le dit !) que Périclès mort de la peste en 429 avant Jésus-Christ et Saint-Louis mort du même mal en 1270 n’avaient jamais ne serait-ce qu’entendu les mots de capitalisme ou de libéralisme.
Le Covid-19 n’est pas une maladie de la mondialisation c’est une maladie tout court.
Napoléon disait que l’histoire est une suite de mensonges sur lesquels on s’est mis d’accord. Aujourd’hui il dirait que l’histoire est la suite de mensonges qui a eu le plus de likes. Il fallait trouver le responsable du complot. Au Moyen-Âge c’était la colère divine, les sorcières ou les Juifs. Aujourd’hui c’est la mondialisation. La vérité est l’exact contraire : la grande nouveauté c’est que c’est la science qui est aujourd’hui mondialisée et jamais dans l’histoire on n’a donné une réponse aussi rapide à une nouvelle maladie. Le génome du virus séquencé en une semaine, les premiers tests produit un mois plus tard, les essais cliniques de traitement et de vaccin déjà par centaines. A ceux qui s’impatientent il faut rappeler que les épidémies d’avant faisaient 100 fois plus de morts qu’il a fallu des milliers d’années avant que pasteur en 1885 ne découvre le vaccin contre la rage et que Yersin n’isole le bacille de la peste et que c’est grâce à la démocratie libérale et ses progrès scientifiques qu’elles ont été vaincues comme celle-ci le sera demain.
Deuxième idée qui traîne : celle des prophètes qui nous expliquent que demain rien ne sera comme avant. Mais dès qu’on les écoute on s’aperçoit que leur monde futur est celui qu’ils prêchaient avant. L’avenir radieux avec les lunettes du passé ! Ils annoncent des révolutions mais on s’aperçoit qu’il profite de la crise pour recycler leurs idéologies.
Le reste du discours est aussi intéressant. Si vous voulez l'écouter dans son intégralité, c'est là sur Facebook (durée : 7minutes-)
/image%2F0651531%2F20260125%2Fob_8f66b6_screenshot-20260125-183601-1.png)