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La Bérézina

Publié le par Carlus

C’est une histoire qui ressemble à un cauchemar : le 14 septembre 1812, Napoléon entre, victorieux, dans Moscou. Mais la ville est déserte. Déserte et en proie aux flammes. Toute la ville est en feu et vidée de ses habitants. Pour ses hommes épuisés, c’est le signe de la victoire et de la débâcle de l’ennemi. Pour lui, certainement une vision d’horreur, car il pressent d’un coup ce qui va suivre inéluctablement.

Il était au sommet de sa gloire, il avait tout gagné, battu toutes les armées d’Europe : celles d’Autriche, de Suède, de Prusse, d’Espagne, de Russie. Un de ses maréchaux était sur le trône du royaume de Suède et de Norvège, son frère Joseph installé sur le trône d’Espagne. Il lui restait juste à obtenir la capitulation du Tsar Alexandre, ce qui n’était pas le plus difficile puisqu’il l’avait déjà battu militairement, pour renforcer le blocus contre les Anglais et devenir le plus grand monarque d’Europe de tous les temps, loin devant Charlemagne !

Il restait juste la dernière petite étape à franchir. La dernier pion à pousser pour faire Echec et Mat.

 Mais Moscou était vide, ce jour-là. Vide et en feu.  La politique de la terre brûlée.

Officiellement, il décide d’attendre que le Tsar Alexandre vienne reconnaître sa défaite, mais il a déjà compris toutes les conséquences de cette situation. C’est tout bête, le Tsar ne viendra pas. Et il ne peut ni l’attendre, ni le poursuivre à cause du terrible hiver russe qui commence. Comment n’y a-t-il pas pensé plus tôt ? Quelques jours plus tard, il donne l’ordre de la retraite. Entre-temps, il a bien tenté d’examiner d’autres options, de trouver une idée, une initiative qui pourrait changer le cours des choses, mais tout le ramenait à la vision qu’il eut, à l’instant même où il entrait dans cette grande ville en feu désertée par ses habitants et ses soldats : la retraite pitoyable dans le froid extrême et sous le harcèlement de l’ennemi, la traversée du fleuve Bérézina, les 400 000 morts sur le chemin du retour, la sixième coalition militaire qui l’attendrait à l’arrivée, l’abdication sans condition, l’exil...

Entre l’entrée triomphale dans Moscou et le statut humiliant de souverain de l’île d’Elbe, il s’est passé à peine 18 mois.

Le cauchemar, ce n’est pas que la vie est faite de hauts et de bas. Non, ça, tout le monde le sait et assume. Tant que les bas ne sont pas de notre fait ou tant qu’on peut les assumer. Ce n’est pas non plus que "la roche Tarpéienne est proche du Capitole" ce qui veut dire, au fond, qu’il n’y a pas de grand succès sans grand risque. Et ça aussi on l’assume en général assez bien, les hommes de pouvoir, en tout cas.

Non, le cauchemar, c’est juste la mauvaise décision prise par suffisance, par excès de confiance en soi ou par mépris des autres au moment où tout va si bien que l’on se sent tout-puissant et invincible. C’est souvent une décision qui paraît logique ou banale au moment où elle est prise, mais dont nous entrevoyons ensuite, quand elle est devenue irréversible, qu’elle va nous entraîner irrémédiablement en enfer, dans les affres de l’opprobre et de la honte, sans que rien ni personne ne puisse arrêter l’enchaînement des choses.

 

La Bérézina

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C'est Rodrigo qui a découvert l'Amérique

Publié le par Carlus

Dans la rubrique "les grands hommes sont des enculés comme les autres", voici la mésaventure du matelot Rodrigo qui fut le premier à découvrir l'Amérique.
Enfin... l'Amérique ! les Bahamas, mais ça revient au même !

Alors que le voyage commençait à devenir interminable après plus d'un mois de navigation (loin des 15  jours prévus au départ par Colomb) et que l'équipage était épuisé et inquiet, l'Amiral Colomb craignant une mutinerie, proposa, pour occuper et motiver ses hommes, une forte récompense de plusieurs milliers de maravédis à celui qui verrait le premier la terre.

Le gagnant fut Rodrigo Triana, un simple matelot qui, du haut de son poste de vigie, découvrit,  le 12 octobre 1492, alors qu'il faisait déjà nuit, l'île qui deviendra plus tard les Bahamas. Il cria "TERRE_!!!" et fit le signe convenu à Christophe Colomb qui était  sur le pont.  Ce dernier put enfin respirer : non seulement sa mission n'allait pas se terminer par une catastrophe mais il savait qu'il entrait à ce moment-là dans l'Histoire de la navigation pour avoir trouvé la route maritime des Indes.

Il firent escale dans l'ile pour se ravitailler en eau et se reposer. Au moment de repartir, Rodrigo demanda audience à l'Amiral Colomb pour réclamer sa récompense. Celui-ci le reçut et lui répondit que c'était lui, Christophe Colomb, qui avait vu la terre le premier et qu'il s'était juste tourné vers la vigie à ce moment-là pour avoir confirmation qu'une deuxième personne l'avait vu.

Rodrigo réfléchit deux secondes sur l'état des forces en présence : d'un côté, lui, simple matelot tout en bas de la hiérarchie, face à lui un Amiral de la Marine Espagnole, mandaté d'une mission de la plus haute importance par Ferdinand et Isabelle roi et reine très catholiques d'Espagne.

Prudent, il prit le parti de fermer sa gueule. Il félicita l'heureux gagnant et lui demanda l'autorisation de se retirer pour rejoindre son poste. Ce qui lui fut accordé.

Lot de consolation posthume : il a sa statue à Séville

C'est Rodrigo qui a découvert l'Amérique

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Les stratèges de génie

Publié le par Carlus

Les stratèges de génie

La propagande qui accompagne toute guerre joue sur des peurs cachées et des fantasmes que nous avons tous en nous. Des fantasmes qui n'ont qu'un lointain rapport avec la réalité et qui ont du mal à disparaitre même lorsqu'ils sont démentis par les faits. Ainsi pour beaucoup de gens Napoléon et Hitler sont des chefs de guerre et des stratèges exceptionnels. Ce sont pourtant des stratèges qui ont perdu à la fin, et de la façon la plus minable qui soit.

 

Napoléon

Napoléon , après la défaite de Waterloo, abdique et rentre à Paris (pour voir sa mère une dernière fois, dit-il) puis se rend à Rochefort d'où il tente de prendre un bateau mis à sa disposition  pour se rendre aux Amériques. Mais le blocus maritime mis en place par les Anglais l'en empêche. Il décide alors de se rendre. Il va dans la garnison anglaise la plus proche et leur dit "Je viens me mettre sous la protection de votre prince et de vos lois.  Le sort des armes m'amène chez mon plus cruel ennemi, mais je compte sur sa loyauté" Il sera conduit à Plymouth où il apprendra en arrivant que les Anglais ont décidé de l'exiler sur l'île de Sainte-Hélène. 

 

Hitler

Hitler déclare le 16 avril 1945 que "les Russes vont connaître devant Berlin la plus sanglante défaite de tous les temps". Quinze jours plus tard, le 30 avril 1945, en hurlant que ses généraux l'avaient trahi, il se donnait la mort. Par cyanure et par balle pour être sûr de ne pas se louper.

 

Et Poutine ? 

La guerre d'Ukraine a commencé par l'idée générale, diffusée par ses thuriféraires, que Poutine était un stratège de génie qui avait tout prévu dans le moindre détail : la guerre rapide, l'entrée triomphale des chars dans Kiev libérée des nazis, la division de ces tarlouzes d'Européens incapables de prendre une décision, les sanctions économiques qui ne ne toucheraient la Russie que de façon marginale et se retourneraient même contre ses initiateurs. 

Quel génie ! La seule chose qui est vraie est qu'il a préparé cette guerre pendant longtemps.  Et aussi qu'il a beaucoup consulté. Mais qui dans son entourage aurait eu le courage de lui dire "Chef, c'est une connerie !"? Les membres de l'Etat-major (ils ont tous été changé depuis) lui ont certainement confirmé que ce serait une guerre éclair, que la foule des Ukrainiens applaudirait les chars russes entrant dans Kiev. 

Mais la guerre ne sera pas brève; ses chars n'entreront jamais à Kiev, et il n'y aura pas d'acclamations de la foule, ni ukrainienne, ni russe non plus d'ailleurs; L'Otan s'est élargi à deux nouveaux pays, la Finlande et la Suède, qui ont aussitôt abandonné l'idée de rester "neutres";  l'Europe s'est soudée, aussi bien ses dirigeants que sa population (à part la petite minorité d'éternels collabos qui choisiront toujours l'ennemi, quel qu'il soit); et les sanctions économiques handicapent fortement une économie russe déjà faible, sans compter le nombre de morts ( un demi million, selon les estimations) dans une population déjà en déclin.

En 2019, dernière année non perturbée par la pandémie, le PIB de la Fédération de Russie pesait moins de la moitié du PIB allemand ou français, 12% du PIB chinois, et 8% de celui des États-Unis. Or le PIB est la base fiscale sur laquelle un État peut financer un long effort militaire. Même si Poutine réussissait à occuper durablement les territoires si durement conquis, dans quel état laisserait-il son pays après cette victoire à la Pyrrhus ?

 

 

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