Deux poètes antillais, l'un est "blanc créole" et se veut Parnassien, l'autre qui se revendique "Nègre" est proche des Surréalistes. Ils parlent tous deux de leur île C'est la même île et le même siècle Mais ils ne voient pas la même chose. Forcément. C'est une question de point de vue !
-------------------------------------------------
Je suis né dans une île amoureuse du vent Où l’air a des senteurs de sucre et de vanille Et que berce au soleil du tropique mouvant Le flot tiède et bleu de la mer des Antilles. ... Cent fois je suis monté sur ses mornes en feu Pour voir à l’infini la mer splendide et nue Ainsi qu’un grand désert mouvant de sable bleu Border la perspective immense de la vue.
Daniel Thaly
Au bout du petit matin bourgeonnant d’anses frêles, les Antilles qui ont faim, les Antilles grêlées de petite vérole, les Antilles dynamitées d’alcool, échouées dans la boue de cette baie, dans la poussière de cette ville sinistrement échouées. ... Au bout du petit matin, une vieille vie menteusement souriante , ses lèvres ouvertes d’angoisses désaffectées ; une vieille misère pourrissant sous le soleil, silencieusement ; un vieux silence crevant de pustules tièdes l’affreuse inanité de notre raison d’être.
De Gaulle a-t-il dit, lors d'un visite en Martinique en 1964
"Mon Dieu, comme vous êtes foncés !!!
C'est une blague, bien sûr, que j'ai entendu pendant toute ma jeunesse. Pour qu'elle soit drôle, il faut la raconter façon Pince-sans-rire, très sérieusement et proposer à votre interlocuteur de se faire sa propre opinion en écoutant l'enregistrement. Fou-rire garanti !
Mais, au fait, peut-être que vous aussi, vous avez envie de vous faire votre propre opinion ? Tenez, c'est par là, vérifiez vous-même !
NB : Les bains de foule présidentiels avaient quand même une autre gueule que ceux d'aujourd'hui
2) Saint John Perse
Saint John Perse, le guadeloupéen, a-t-il écrit lui-même sa nécrologie ?
Non, bien sûr ! Mais il a fait beaucoup mieux que ça : à l'occasion de la publication de son œuvre dans la collection de la Pléiade, il a réécrit, en la romançant, toute sa vie, inventé des éléments de biographie fictifs, réécrit des témoignages...
PS : Mais bon, c'est humain, il voyait arriver la fin ...
" … Grand âge, nous voici – et nos pas d’hommes vers l’issue. C’est assez d’engranger, il est temps d’éventer et d’honorer notre aire.
Et nos actes s’éloignent dans leurs vergers d’éclairs…
À d’autres d’édifier, parmi les schistes et les laves. À d’autres de lever les marbres à la ville."
3) Mac Mahon
Mac Mahon (oui, le même qui a dit "Que d'eau, que d'eau") a-t-il dit, en visitant l'école Polytechnique, à Camille Mortenol, un élève métis d'origine guadeloupéenne, :
"C'est vous, le nègre ? C'est bien, continuez !"
(L'anecdote racontée par Umberto Eco donne ceci (piochée sur le blog ci-dessous)
- L'imbécile c'est Mac-Mahon qui passe en revue ses officiers et en voit un, couvert de décorations, de la Martinique. "Vous êtes nègre ?" lui demande-t-il. Et l'autre:" Oui mon général !" Et Mac-Mahon:" Bravo, bravo, continuez !")
Jetez-y un petit coup d'œil, et notamment sur les discussions dans les commentaires, ça en vaut la peine. Dire que j'adore ce genre de débat est un euphémisme : je suis en totale admiration devant la culture historique de certains sur des points de détails minuscules de l'Histoire de France !