Passation de pouvoir : discours du cocu
A chaque changement de gouvernement, j'écoute les discours de passation de pouvoirs des ministres et je ne peux m'empêcher de penser qu'on devrait instituer la même tradition en matière de rupture amoureuse et de cocufiage. Cela contribuerait à rendre les choses plus fluides et plus élégantes comme dans les ministères. Ca donnerait quelque chose comme ça :
Mon cher Bernard
Quitter un lit conjugal que l'on occupe depuis des années n'est pas chose aisée. Quand c'est à l'initiative de celle avec qui l'on partageait le lit, c'est même très difficile. Mais quand j'ai appris que c'est toi qui serais désormais en charge de la vie amoureuse et sexuelle de Nadine, c'est un sentiment de joie - et je dirais même de fierté - qui s'est emparé de moi. Qui d'autre que mon ami d'enfance, qui d'autre que celui qui fut depuis les bancs du collège mon frère et mon confident, pouvait mieux me remplacer dans le lit de celle qui fut ma petite femme adorée pendant de longues années ? Qui mieux que mon vieux pote Bebert pouvait prendre la relève sans tout remettre à plat ?
Et la relève ne sera pas bien difficile, puisque tu arrives en terrain connu.
En terrain connu, oui, puisque je t'ai souvent confié, certains soirs de beuverie, le genre d'anecdotes sur notre vie intime qu'on ne raconte qu'à un copain d'enfance. En conséquence, avant même d'entrer dans son lit, tu savais déjà qu'elle aimait chevaucher son partenaire et détestait les bisous dans le cou. Et comme elle n'est pas du genre à prendre l'initiative ou à réclamer quoi que ce soit en la matière, ces précieuses informations t'auront épargné de nombreux mois de tâtonnement et de recherche ! Non, non ne me remercie pas, c'est normal !
En terrain connu, aussi, puisque tu n'as pas attendu, à vrai dire, la passation de pouvoir que nous effectuons aujourd'hui pour entrer dans le dossier. Certains auraient refusé, pour des raisons d'éthique, de morale ou autres fariboles de ce genre, de coucher avec la femme d'un pote. Mais toi, mon cher Bernard, mon ami fougueux, mon frère de misère, tu as fait fi de ces scrupules d'un autre âge et tu as tenu, avec un zèle et une discrétion qui forcent l'admiration, à préparer la passation de pouvoir que nous officialisons en ce moment.
Avec, je le reconnais, un certain succès puisque quelques mois plus tard, elle m'annonçait son désir de me quitter sans toutefois évoquer à aucun moment ton nom, ce qui confirme, soit dit en passant, la délicatesse et la pudeur dont elle a toujours fait preuve à mon égard.
Voilà ! Je te laisse la place. La transition ne sera pas longue puisque ce ne sera pas un voyage en terre inconnue, si je puis dire. J’espère qu'elle te procurera autant de plaisir et de bonheur qu'elle m'en a procuré. J'espère d'ailleurs qu'elle ne s'arrêtera pas là et que tu pourras bénéficier de toute la panoplie des petites et grandes émotions que j'ai éprouvées ces dernières années avec elle, la dernière étant celle d'être cocufié par mon meilleur ami.
Je voudrais donc avant de te quitter, mon cher Bernard, te souhaiter tout le bonheur du monde, d'abord, et te rappeler encore que je suis prêt, comme dans nos jeunes années, à tout partager avec toi y compris ma chance de cocu !
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