Je n'ai pas changé. Je suis toujours le même
Il s’est passé quelque chose, je ne sais quoi précisément, ni à quel moment ça a eu lieu. Je devais être occupé, ou assoupi, j’ai rien vu venir.
Hier encore, les hommes ressemblaient à des vieux. Ils étaient tous chauves, bedonnants et moustachus. Souvent gentils mais imbus d’eux-mêmes, en général. Aujourd’hui, ils ne sont ni moustachus, ni bedonnants et ce sont mes potes. Où sont passés les vieux qui ressemblaient à des vieux ?
Avant le whisky avait un autre goût, celui de la fête, des baptêmes, des mariages et des nuits blanches. Le goût fort et amer de l’amitié et des fous rires, du rami et du poker ! Il avait aussi une musique, celle des remontrances des femmes, qui allait crescendo à mesure qu'on avançait dans la nuit. Aujourd’hui, il a plutôt le goût de l'ennui des soirées interminables animées par des "DJ". Je cherche parfois à me saouler, mais je n’y arrive pas, je m'assoupis avant, et de toute façon, personne ne fait plus rien pour m'arrêter, c'est pas marrant.
Il n’y a pas si longtemps que ça, les filles étaient belles, souriantes et insouciantes et leurs mères acariâtres, autoritaires et méfiantes. De véritables antidotes à l’amour. Mais qu'est-ce qui a bien pu se passer, bordel, pour que ce soient elles, les mères, qui me paraissent bandantes aujourd'hui ? Ce serait moi qui aurais changé ? En si peu de temps ? Ou elles qui sont allées s’apprêter pendant que j’avais le dos tourné ?
Avant, quand je débarquais dans une société, tout le monde était content de me voir remplacer le vieux chef de service qui ne comprenait plus rien aux nouvelles directives décidées par la Direction parisienne. Maintenant, si j’en crois une réflexion entendue récemment, il semblerait que je fasse partie de ceux qui sont "plus près de la fin que du début" de leurs carrières professionnelles. J’ai été vérifier : c’est vrai ! il me reste moins de trimestres à faire que de trimestres effectués. Beaucoup moins. C'est une bonne chose, ça, ou pas ? je ne sais plus.
A quel moment tous ces changements se sont-ils produits ? Moi je sais que je n’ai pas changé, que je suis resté le même ! Les rêves qui hantent mes nuits sont toujours les mêmes. Ce sont les gens qui peuplent ma vie qui ont changé. Ce sont mes enfants qui ont grandi, mes collègues qui ont rajeuni et les femmes matures qui ont embelli ! Moi, je me connais bien : je sais que je n’ai pas changé ! Si c’était le cas, vous me connaissez, je vous le dirais !
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