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nuit

Roméo et Juliette 2009

Publié le par Carlus

JULIETTE. - N’es-tu pas Roméo et un Montaigu ?

- Tu es là ? au fait Carlus, ça signifie quoi ? Charles ?

ROMÉO. - Ni l’un ni l’autre, belle vierge, si tu détestes l’un et l’autre.

- Oui, mais j’ai un deuxième prénom, si tu n’aimes pas celui-là

JULIETTE. - Comment es-tu venu ici, dis-moi ? et dans quel but ? Les murs du jardin sont hauts et difficiles à gravir. Considère qui tu es : ce lieu est ta mort, si quelqu’un de mes parents te trouve ici.

- Je peux te poser une question : Tu m’as dit que tes filles s’amusaient sur ce genre de site, tu n’as pas peur que ce soit pour t'espionner ?

ROMÉO. - J’ai escaladé ces murs sur les ailes légères de l’amour : car les limites de pierre ne sauraient arrêter l’amour, et ce que l’amour peut faire, l’amour ose le tenter ; voilà pourquoi tes parents ne sont pas un obstacle pour moi.

- Si c'est le prix à payer pour te rencontrer, je veux bien prendre le risque de me faire espionner par ces deux chipies !

JULIETTE. - S’ils te voient, ils te tueront.

- Que diraient-elles si elles apprenaient que leur papa "drague" (oouh, quel vilain mot)  sur Meetic ?

ROMÉO. - Hélas ! il y a plus de péril pour moi dans ton regard que dans vingt de leurs épées : que ton oeil me soit doux, et je suis à l’épreuve de leur inimitié.

Ben, elles  diront ce qu'elles voudront,  je n'ai pas peur d'elles.  De toute façon tôt ou tard il faudra bien qu'elles se fassent à l'idée  ! 

JULIETTE. - Je ne voudrais pas pour le monde entier qu’ils te vissent ici.

- En tout cas ça m’embêterait beaucoup pour toi si elles ont eu connaissance de notre séance cam d'hier ! lol

ROMÉO. - J’ai le manteau de la nuit pour me soustraire à leur vue. D’ailleurs, si tu ne m’aimes pas, qu’ils me trouvent ici ! J’aime mieux ma vie finie par leur haine que ma mort différée sans ton amour.

- Je suis caché derrière mon pseudo ! Je pourrais nier qu’il s’agit de moi !

JULIETTE. - Quel guide as-tu donc eu pour arriver jusqu’ici ?

- A propos (excuse-moi si je suis indiscrète) qu'est-ce qui t'a  amené sur ce site ? pas de rencontres dans le monde réel ?

ROMÉO. - L’amour, qui le premier m’a suggéré d’y venir : il m’a prêté son esprit et je lui ai prêté mes yeux. Je ne suis pas un pilote ; mais, quand tu serais à la même distance que la vaste plage baignée par la mer la plus lointaine, je risquerais la traversée.

- Le hasard ! La déesse Fortuna qui est si souvent la complice de Cupidon ! Et puis, non, pas trop de rencontres dans le "monde réel"  : trop vieux pour aller en boîte, trop fainéant pour le club de sport, trop mauvais pour la chorale et j'ai cherché en vain à bousculer au coin de ma rue une jolie  femme avec des dossiers sur les bras,  comme dans les films romantiques...

JULIETTE. - Le masque de la nuit est sur mon visage ; sans cela, tu verrais une virginale couleur colorer ma joue, quand je songe aux paroles que tu m’as entendue dire cette nuit. Ah ! je voudrais rester dans les convenances ; je voudrais, je voudrais nier ce que j’ai dit. (...) ; mais crois-moi, gentilhomme, je me montrerai plus fidèle que celles qui savent mieux affecter la réserve. J’aurais été plus réservée, il faut que je l’avoue, si tu n’avais pas surpris, à mon insu, l’aveu passionné de mon amour : pardonne-moi donc et n’impute pas à une légèreté d’amour cette faiblesse que la nuit noire t'a permis de découvrir

- Hier, je suppose que tu m’as trouvé trop… entreprenante ? je ne suis pas comme ça d’habitude...

ROMÉO. - Madame, je jure par cette lune sacrée qui argente toutes ces cimes chargées de fruits !….

- Non, pas du tout, je te le jure ! j'ai beaucoup apprécié qu'on se laisse comme ça emporter par l’ambiance !

JULIETTE. - Oh ! ne jure pas par la lune, l’inconstante lune dont le disque change chaque mois, de peur que ton amour ne devienne aussi variable !

- Lol ! on dira ça comme ça ! En fait tu avais déjà une idée précise derrière la tête en me proposant de brancher ma cam

ROMÉO. - Par quoi dois-je jurer ?

- Non, vraiment... je te jure…

JULIETTE. - Ne jure pas du tout ; ou, si tu le veux, jure par ta gracieuse personne,  qui est le dieu de mon idolâtrie, et je te croirai

- lol ! bon, alors c’est bien ce que je disais : c’est moi ! ma réputation de femme sérieuse va en prendre un sacré coup ! lol


ROMÉO. - Si l’amour profond de mon coeur..

Et la mienne alors ?! je ne suis pas un homme facile lol ! je ne me laisse pas faire d’habitude ! lol

JULIETTE. - Ah ! ne jure pas ! Quoique tu fasses ma joie, je ne puis goûter cette nuit toutes les joies de notre rapprochement ; il est trop brusque, trop imprévu, trop subit, trop semblable à l’éclair qui a cessé d’être avant qu’on ait pu dire : il brille !…. Doux ami, bonne nuit ! (...)… Bonne nuit, bonne nuit ! Puisse le repos, puisse le calme délicieux qui est dans mon sein, arriver à ton coeur !

- Bon, il est tard ! je tombe de sommeil ! Je te souhaite une douce nuit, mon amour (je peux ?)

ROMÉO. - Oh ! vas-tu donc me laisser si peu satisfait ?

Oui tu peux, ma chérie ! :-) tu t'en vas déjà ? tu n’aurais pas envie de brancher ta web cam juste quelques minutes ?

JULIETTE. - Quelle satisfaction veux tu obtenir cette nuit ?

- Ecoute, je suis certaine que si on recommence ce soir, ce sera moins naturel, moins spontané qu’hier…

ROMÉO. - Le solennel échange de ton amour contre le mien.

- Alors, fais moi la promesse que tu la branches dès le début, la prochaine fois

JULIETTE. - Mon amour ! je te l’ai donné avant que tu l’aies demandé. Et pourtant je voudrais qu’il fut encore à donner.

- Promis ! D'ailleurs hier c'est moi qui ai pris l'initiative...! je veux juste ne pas gacher ce petit moment magique de perte de contrôle… dans les bras d’une web cam ! loool !

- Rire ! Ok alors je te souhaite une bonne nuit pleine de rêves érotiques

- Merci, une douce nuit à toi ! à demain

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Je n'ai pas changé. Je suis toujours le même

Publié le par Carlus

Il s’est passé quelque chose, je ne sais quoi précisément, ni à quel moment ça a eu lieu. Je devais être occupé, ou assoupi, j’ai rien vu venir.

Hier encore, les hommes ressemblaient à des vieux. Ils étaient tous chauves, bedonnants et moustachus. Souvent gentils mais imbus d’eux-mêmes, en général. Aujourd’hui, ils ne sont ni moustachus, ni bedonnants et ce sont mes potes. Où sont passés les vieux qui ressemblaient à des vieux ?

Avant le whisky avait un autre goût, celui de la fête, des baptêmes,  des mariages et des nuits blanches. Le goût fort et amer de l’amitié et des fous rires, du rami et du poker ! Il avait aussi une musique, celle des remontrances des femmes, qui allait crescendo à mesure qu'on avançait dans la nuit. Aujourd’hui, il a plutôt le goût de l'ennui des soirées interminables animées par des "DJ".   Je cherche parfois à me saouler, mais je n’y arrive pas, je m'assoupis avant, et de toute façon, personne ne fait plus rien pour m'arrêter, c'est pas marrant.

Il n’y a pas si longtemps que ça, les filles étaient belles, souriantes et insouciantes et leurs mères acariâtres, autoritaires et méfiantes. De véritables antidotes à l’amour. Mais  qu'est-ce qui a bien pu se passer, bordel, pour que ce soient elles, les mères, qui me paraissent bandantes aujourd'hui ? Ce serait moi qui aurais changé ? En si peu de temps ? Ou elles qui sont allées s’apprêter pendant que j’avais le dos tourné ?

Avant, quand je débarquais dans une société, tout le monde était content de me voir remplacer le vieux chef de service qui ne comprenait plus rien aux nouvelles directives décidées par la Direction parisienne. Maintenant, si j’en crois une réflexion entendue récemment, il semblerait que je fasse partie de ceux qui sont "plus près de la fin que du début" de leurs carrières professionnelles. J’ai été vérifier : c’est vrai ! il me reste moins de trimestres à faire que de trimestres effectués. Beaucoup moins.  C'est une bonne chose, ça, ou pas ? je ne sais plus.

A quel moment tous ces changements se sont-ils produits ? Moi je sais que je n’ai pas changé, que je suis resté le même ! Les rêves qui hantent mes nuits sont toujours les mêmes. Ce sont les gens qui peuplent ma vie  qui ont changé. Ce sont mes enfants qui ont grandi, mes collègues qui ont rajeuni et les femmes matures qui ont embelli ! Moi, je me connais bien : je sais que je n’ai pas changé ! Si c’était le cas, vous me connaissez, je vous le dirais !

 

 

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