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Si je mourais là-bas…

Publié le par Carlus

L'hommage rendu à un héros de guerre me rappelle toujours que je n'ai pas connu la guerre. Ou plutôt que je n'ai vécu que des guerres fantasmées à travers  le cinéma, la littérature et mon imagination.
Le personnage récurent auquel je m’identifie quand on évoque la guerre de 14/18 est alors celui d’un soldat grelottant de froid et de peur dans la boue d’une tranchée, en train d’écrire à sa belle, au milieu de la vermine, des cadavres et des rats.

De temps en temps, la belle à qui j'écris est une petite garce infidèle, comme la Lou d'Apollinaire.


Si je mourais là-bas…


Si je mourais là-bas, sur le front de l’armée,
Tu pleurerais un jour, ô Lou ma bien-aimée,
Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l’armée,
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur.

Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté,
Aux fleurs plus de couleur, plus de vitesse à l’onde,
Un amour inouï descendrait sur le monde
Ton amant serait plus fort dans ton corps écarté.

Lou, si je meurs là-bas, -souvenir qu’on oublie-
Souviens-toi quelquefois des instants de folie
De jeunesse et d’amour et d’éclatante ardeur.
Mon sang est la fontaine ardente du bonheur,
Sois donc la plus heureuse étant la plus jolie.

Ô mon unique amour et ma grande folie

Guillaume Apollinaire

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Un petit moment magique

Publié le par Carlus

Il y a beaucoup d'autres chanteurs qui ont interprété le Duo de chats de Rossini, mais ces deux petits chanteurs à la croix de bois ont quelque chose de spécial : leur sobriété corporelle, leurs sourires retenus, le fait qu'à la fin ils réintègrent le groupe pour recevoir les applaudissements, et puis... les miaulements !  Une chatte y retrouverait ses petits !

Bref, trois minutes de pure magie !

 

 

 

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Rendez-vous amoureux

Publié le par Carlus

 

Ce bout de poème, issu du Cantique des cantiques de Salomon, qui a été présenté parfois comme une preuve du racisme (je suis noire MAIS je suis belle) contenu dans l’Ancien Testament (avec l'arrière-pensée qu'on peut imaginer), est tout simplement le début d’une histoire d’amour entre une bergère (le teint bruni par le soleil) et son amoureux.


 

Je suis noire, mais je suis belle, filles de Jérusalem,
Comme les tentes de Kédar, comme les pavillons de Salomon.
Ne prenez pas garde à mon teint noir :
C’est le soleil qui m’a brûlée.
Les fils de ma mère se sont irrités contre moi,
Ils m’ont faite gardienne des vignes.

Dis-moi, ô toi que mon coeur aime,
où tu fais paître tes brebis,
où tu les fais reposer à midi

- Si tu ne le sais pas,
ô la plus belle des femmes,
sors sur les traces des brebis,
et fais paître tes chevreaux
près de la demeure des bergers.

 


 

PS :  Autre poème du Cantique des Cantiques ici 

 

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Petits poèmes dans l'air du temps

Publié le par Carlus

 

Ah fiévreuse maladie,
Comment es-tu si hardie
D'assaillir mon pauvre corps...
Et sans pitié prendre à jeu
De le mettre tout en feu :
Ne crains-tu point, vieille blême,
Qu'il ne te brûle toi-même ?

Ronsard (Ode à la fièvre)



Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres,
Qui, le long des grands murs de l'hospice blafard,
Comme des exilés, s'en vont d'un pied traînard,
Cherchant le soleil rare et remuant les lèvres ?
Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres ?

Baudelaire (Réversibilité)


 

Et ce n'est point qu'un homme ne soit triste,
mais se levant avant le jour...
appuyé du menton à la dernière étoile,
il voit au fond du ciel de grandes choses pures qui tournent au plaisir.
Et paix à ceux qui vont mourir, qui ne verront point ce jour

Saint-John Perse ( Chanson)


 

Dieu parle, il faut qu’on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d’avoir quelquefois pleuré.

Alfred de Musset  (Tristesse)


 

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Le bal des pendus

Publié le par Carlus


Ce poème de Rimbaud, écrit à l'âge de 16 ans,  est le fruit d'un devoir scolaire dont le sujet était d'écrire une lettre au roi Louis XI pour obtenir la grâce du bandit et poète François Villon condamné à à la potence.

Je passe rapidement sur les sujets d'étonnement qui me viennent spontanément à l'esprit:

- Un tel sujet de dissertation à des jeunes de 16 ans ?? C'est quoi l'équivalent aujourd’hui  dans les collèges de France ? Ecrivez une lettre au président de la République pour demander que la nationalité française soit accordée à Maître Gims malgré sa bigamie ?

- Rimbaud s'inspire et se moque de l'ambiance macabre et des descriptions très crus de la ballade des pendus de François Villon (Pies et corbeaux nous ont les yeux crevés / Et arraché la barbe et les sourcils)  

Il a 16 ans et il a déjà lu François Villon. Et pourtant, il n'avait pas une mère qui l'incitait à lire, c'est le moins qu'on puisse dire. A cet âge, je lisais, au mieux, Les trois mousquetaires, la guerre du feu... Il y a des jours où j'ai l'impression d'avoir gâché ma jeunesse. (Et ma vie, en général, mais ça s'est un autre sujet dont je te parlerai un jour, cher ami lecteur) 

 

- Mais retournons au poème : je ne sais pas quel note il a eu mais, à mon avis, le jeune poète était largement hors sujet ! Mais pour notre plus grand bonheur !

 

Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.

Messire Belzébuth tire par la cravate
Ses petits pantins noirs grimaçant sur le ciel,
Et, leur claquant au front un revers de savate,
Les fait danser, danser aux sons d'un vieux Noël !

Et les pantins choqués enlacent leurs bras grêles :
Comme des orgues noirs, les poitrines à jour
Que serraient autrefois les gentes damoiselles,
Se heurtent longuement dans un hideux amour.

Hurrah ! les gais danseurs qui n'avez plus de panse !
On peut cabrioler, les tréteaux sont si longs !
Hop ! qu'on ne cache plus si c'est bataille ou danse !
Belzébuth enragé racle ses violons !

O durs talons, jamais on n'use sa sandale !
Presque tous ont quitté la chemise de peau ;
Le reste est peu gênant et se voit sans scandale.
Sur les crânes, la neige applique un blanc chapeau :

Le corbeau fait panache à ces têtes fêlées,
Un morceau de chair tremble à leur maigre menton :
On dirait, tournoyant dans les sombres mêlées,
Des preux, raides, heurtant armures de carton.

Hurrah ! la bise siffle au grand bal des squelettes !
Le gibet noir mugit comme un orgue de fer !
Les loups vont répondant des forêts violettes :
À l'horizon, le ciel est d'un rouge d'enfer...

Holà, secouez-moi ces capitans funèbres
Qui défilent, sournois, de leurs gros doigts cassés
Un chapelet d'amour sur leurs pâles vertèbres :
Ce n'est pas un moustier ici, les trépassés !

Oh ! voilà qu'au milieu de la danse macabre
Bondit dans le ciel rouge un grand squelette fou
Emporté par l'élan, comme un cheval se cabre :
Et, se sentant encore la corde raide au cou,

Crispe ses petits doigts sur son fémur qui craque
Avec des cris pareils à des ricanements,
Et, comme un baladin rentre dans la baraque,
Rebondit dans le bal au chant des ossements.

Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.

 

 

 

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Le Cantique des Cantiques

Publié le par Carlus

 

Quand le ciel est gris, le temps médiocre et l'actualité minable, un conseil d'ami : réfugiez-vous dans la poésie, et plus spécialement dans la poésie érotique... non, non, la poésie biblique, ... enfin disons la poésie érotico-biblique.

Voici quelques exemples tirés du  Cantique des cantiques, premier long poème érotique de notre civilisation judéo-chrétienne ! Qui prouve qu'avant de se toucher et de s'embrasser, les hommes et les femmes ont coutume,  depuis fort longtemps, de se livrer à un minimum de parade nuptiale sous forme d'échange de compliments poétiques. 

Bon, en tout cas, c'est beau et ça vaut le détour ! 

Tout d'abord, ce que Monsieur dit à Madame :

  

Que tu es belle, mon amie, que tu es belle! 

A la jument qu'on attelle aux chars de Pharaon,

je te compare, ma sœur, ma bien-aimée.

Tes cheveux sont un troupeau de chèvres, 

Suspendues aux flancs de la montagne de Galaad.

Tes dents un troupeau de brebis tondues, 

Qui remontent de l'abreuvoir; 

Tes lèvres sont un fil cramoisi, 

Et ta bouche est charmante

Ta joue est une moitié de grenade

Ton cou est comme la tour de David, 

Bâtie pour être un arsenal; 

Mille boucliers y sont suspendus

Tes deux seins sont deux faons, 

Jumeaux d'une gazelle, 

Qui paissent au milieu des lis

Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée, 

Une source fermée, une fontaine scellée.

Ton sein est une coupe arrondie, 

Où le vin parfumé ne manque pas; 

Ton corps est un tas de froment, 

Entouré de lis

Tes yeux sont comme les étangs de Hesbon, 

Près de la porte de Bath Rabbim;

Ton nez est comme la tour du Liban

Ta taille ressemble au palmier, 

Et tes seins à des grappes. 

Je monterai sur le palmier, j'en saisirai les rameaux! 

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Et comment elle, la bien-aimée, répond-t-elle à son amoureux ? 

Ben c'est plus soft déjà.  A part les yeux comme des colombes, pas de comparaison animalière ! 

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Mon bien-aimé est blanc et vermeil; 

Il se distingue entre dix mille. 

Sa tête est de l'or pur; 

Ses boucles sont flottantes

Et noires comme le corbeau. 

Ses yeux sont des colombes au bord des ruisseaux, 

Se baignant dans le lait, 

Reposant au sein de l'abondance. 

Ses joues sont un parterre d'aromates, 

Une couche de plantes odorantes; 

Ses lèvres sont des lis, 

D'où coule la myrrhe. 

Ses mains sont des anneaux d'or, 

Garnis de chrysolithes; 

Son corps est de l'ivoire poli, 

Couvert de saphirs; 

Ses jambes sont des colonnes de marbre blanc, 

Posées sur des bases d'or pur. 

Son aspect est comme le Liban, 

Distingué comme les cèdres. 

Son palais n'est que douceur, 

Et toute sa personne est pleine de charme. 

Tel est mon bien-aimé,

Tel est mon ami, Filles de Jérusalem!

 

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Ceux que j'aime : Aimé

Publié le par Carlus

 

De Gaulle, de passage en Martinique il y a très longtemps, avait salué le député-maire de Fort de France Aimé Césaire par un classique et très vieille France "Bonjour Maître" réservé aux artistes et hommes de lettres renommés. De l’avis général il n’y avait ni moquerie, ni ironie de sa part à l’endroit de celui qui se réclamait avec force descendant d’esclaves en lutte contre leurs maîtres.

Césaire en avait plaisanté plus tard avec son ironie courtoise habituelle en disant quelque chose comme "c’était la première fois qu’on m’appelait Maître. Ca m’a fait un drôle d’effet".

 

Tiens, caché au sein d’un poème militant, un petit diamant où il parle de LA poésie. Comme Rimbaud, comme Saint John Perse, il tente souvent de définir la poésie par la poésie.

 

Mot 

de moi-même à moi-même

hors toute constellation

en mes mains serré seulement

vibre, mot

j’aurai chance hors du labyrinthe

vibre

plus long plus large

vibre

en ondes de plus en plus serrées

en lasso où me prendre

en corde où me pendre

et que me clouent toutes les flèches

et leur curare le plus amer

au beau poteau-mitan des très fraîches étoiles

vibre, mot

vibre, essence même de l’ombre

 

 

Ci dessous : Aimé Césaire vu par Pablo Picasso

Ceux que j'aime : Aimé

 

Ceux que j'aime : Aimé

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Mes conseils à Baudelaire

Publié le par Carlus

 

Le titre "Une charogne" est très bon, très accrocheur, et la chute est géniale, coco ! Mais  le développement est trop long. On ne fait plus ça aujourd'hui, les gens n'ont pas le temps, mec ! Il faut du brut, du rapide !

Les descriptions qui n'en finissent pas , c'est....comment dire... c'est de la littérature ! Aujourd'hui, ce qui marche, c'est des images qui vont directement dans l'imagination du lecteur, tu vois ce que je veux dire ? 

Attends, je vais t'arranger ça !

D'abord, tu commences par la chute, elle est vraiment trop géniale, pleine d'amour, de haine, de rancœur. On peut la répéter cent fois sans se lasser ! 

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine

Qui vous mangera de baisers,

Que j'ai gardé la forme et l'essence divine

De mes amours décomposés ! 

 

Après , flash-back !  comme au cinéma ! Tu retournes au début de l'histoire :

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,

Ce beau matin d'été si doux :

Au détour d'un sentier, une charogne infâme

Sur un lit semé de cailloux,

 

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,

Brûlante et suant les poisons,

Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique

Son ventre plein d'exhalaisons.

 

Ensuite, y a trop de détails, Charly.   Je t'enlève les deux paragraphes suivants.  On garde juste ça pour son horrible  force d'évocation

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,

D'où sortaient de noirs bataillons

De larves, qui coulaient comme un épais liquide

Le long de ces vivants haillons.

 

Et on arrive à ta géniale déclaration d'amour, si tendre, si douloureuse, si amoureuse, si haineuse

Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,

A cette horrible infection,

Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,

Vous, mon ange et ma passion !

 

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,

Après les derniers sacrements,

Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,

Moisir parmi les ossements.

 Et on reprend la chute finale

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine

Qui vous mangera de baisers,

Que j'ai gardé la forme et l'essence divine

De mes amours décomposés ! (1)

 

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(1) Je te dirai une autre fois , cher lecteur, pourquoi les amours de Baudelaire (et de bien d'autres encore) sont décomposés  et non décomposées 

 

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J’habite une formule magique

Publié le par Carlus

 

J’habite une blessure sacrée

j’habite des ancêtres imaginaires

j’habite un vouloir obscur

j’habite un long silence

j’habite une soif irrémédiable

j’habite un voyage de mille ans

j’habite une guerre de trois cents ans

j’habite un culte désaffecté

 ...

j’habite de temps en temps une de mes plaies

chaque minute je change d’appartement

et toute paix m’effraie

...

j’habite  une vaste pensée

mais le plus souvent je préfère me confiner

dans la plus petite de mes idées

ou bien j’habite une formule magique

les seuls premiers mots

tout le reste étant oublié

...

j’habite l’embâcle

j’habite la débâcle

j’habite le pan d’un grand désastre

 

Moi, laminaire – Aimé Césaire (1982)

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