Eklablog Tous les blogs Top blogs Humour
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

prostituee

Marie la sainte ou Marie la prostituée ?

Publié le par Carlus

Une petite recherche amusante entreprise il y a très longtemps dans une UV d'histoire précolombienne à la fac.


 

Tout le monde connait le nom du navire que commandait Christophe Colomb lorsqu'il découvrit l'Amérique : il s'agit de la Santa Maria. Normal pour une mission patronnée par les rois catholiques d'Espagne.

Mais curieusement, à d'autres moments, quand on parle du voyage lui-même (donc en se plaçant un peu avant la découverte du nouveau continent) on lit que le navire de Colomb s'appelait la Maria Galante.

Et plus précisément, que Christophe Colomb était à la tête d'une flotte de trois navires nommés la Pinta, la Niña et la Maria Galante

La signification de ces trois noms est la suivante (il ne s'agit pas d'une interprétation personnelle. Tous les livres et les sites d'histoire l'attestent).

- La "Pinta", la "Peinte" c'est-à-dire la "maquillée", autrement dit la "fière putain" (c'est pas moi qui le dis, je le répète)

- La "Niña", la "Petite" dans le sens de la "fille légère".

- Et le vaisseau amiral, la "Maria Galante" c'est-à-dire "Marie la courtisane" ou "Marie la prostituée".

C'est un fait historique. Mais il est extrêmement curieux, voici pourquoi.

Le voyage a été patronné et financé (et sur leur trésor personnel, dit-on) par les Rois catholiques d'Espagne, la reine de Castille, Isabelle Ire et son époux le roi d'Aragon, Ferdinand II.

Autant vous dire tout de suite que ces deux-là ne rigolaient pas avec la religion.

D'ailleurs, le titre honorifique de "Rois catholiques d'Espagne" leur avait été attribué par le pape Alexandre VI pour leur grande piété, bien sûr, mais surtout en raison de deux grandes victoires pour  la chrétienté :

la conquête de la ville de Grenade, dernier bastion musulman en Espagne, qui mit un terme final à la Reconquista,

- mais aussi, l'expulsion des Juifs de leurs royaumes.

On voit donc qu'on n'a pas affaire à des tendres, à des tolérants, à des "qui suis-je pour juger...?"

Et voici donc le mystère : Comment les rois très catholiques d'Espagne ont-ils pu missionner et financer une expédition maritime menée sur trois bateaux aux noms de "fière putain", "petite pute" et "Marie la prostituée" ?

Il n'y a pas de réponse, que des hypothèses.

- Première hypothèse avancées par certains : Ces noms ne seraient que des surnoms grivois donnés par les marins à leurs navires : le nom du navire-amiral serait bien Santa Maria, mais les marins l'appelaient ironiquement Maria Galante.

Déjà , on peut avoir un doute que dans l'Espagne de l'époque, on puisse transformer le qualificatif de "Sainte" accolé au nom de Marie mère de Dieu en "Galante" ou "prostituée" sans courir de gros risque.

Mais ce qui va surtout à l'encontre de cette thèse, c'est que  les historiens nous racontent comment Christophe Colomb baptisait les îles qu'il découvrait.  Normalement , il n'a choisi que des noms de la Vierge (Santa Maria de Montserrat, Santa Maria de Guadalupe), de noms de saints (Saint-Martin -qui donnera Martinique-, Saint-Thomas) et du nom de la Croix (Santa Cruz), SAUF...

SAUF les deux premieres îles. La première île découverte reçoit le nom de "Dominique" car découverte un dimanche. "À la seconde île découverte, il donne le nom de Marie-Galante -en hommage à son propre vaisseau" nous disent des historiens.

La véracité de l'histoire est attestée par le fait que cette petite ile, habitée aujourd'hui par environ 3000 habitants et dépendant administrativement de Guadeloupe, a gardé le nom de Marie Galante.

Peut-on imaginer que Christophe Colomb ait donné "en hommage à son cher vaisseau qui l'avait conduit à la postérité, plutôt que le vrai nom du navire, le surnom grivois, moqueur et impie utilisé par ses marins alors que par la suite, il a donné des dizaines de noms commençant par Santa Maria de quelque chose ?

Deuxième hypothèse avancée par certains : Il y aurait eu déformation ou glissement de sens (tout cela en espagnol, bien sûr) du qualificatif "Gente" (comme dans "Gente dame") en "Galante". Les tenants de cette thèse soulignent que l'on trouve parfois l'expression "Santa Maria Galante" ce qui aurait été un blasphème puni de mort si galante avait signifié prostituée.

Mais dans cette hypothèse, le problème n'est pas réglé pour les deux autres navires. La gente sainte Marie reste entourée d'une "fière putain" et d'une "Petite pute"

Mais cette thèse est surtout infirmée par le fait que tout cela est immédiatement écrit, noté, authentifié. Quand Christophe Colomb baptise l'ile Marie Galante, c'est une prise de possession, c'est enregistré le jour même, pas des siècles plus tard comme les Evangiles. Or quand les choses sont écrites, les glissements de sens sont suivis et connus des historiens.

- La troisième hypothèse est évoquée en une ligne par Wikipédia (et partagée par de nombreux historiens) "Le navire amiral la Santa María ne prendra ce nom que lors des voyages ultérieurs de Colomb [réf. nécessaire]46). Wikipedia signale avec raison à l'auteur qu'il n'a pas donné les références ou les preuves de son hypothèse.

Je crois pourtant (avec beaucoup d'autres) que c'est l'hypothèse la plus probable : le navire amiral s'appelait Maria Galante. La reine Isabelle de Castille l'ignorait ou n'en avait cure. Et ce n'est que quelques années plus tard (1) lorsqu'ils se sont aperçus que l'importance de ce voyage dépassait de très loin tout ce qu'on avait pu imaginer au départ, que les hagiographes royaux ont dû s'exclamer : Mais enfin,  on ne va quand même pas raconter aux générations futures que le navire qui a permis de découvrir le Nouveau Monde s'appelait Maria Galante,  puta madre y santa mierda  !!! et ont donc décidé de changer dans les récits le nom de ce foutu navire en jouant sur le fait que le navire suivant a eu pour nom Santa Maria.

Trop tard, les gars ! vous pouvez réécrire l'histoire, mais  une petite île de 3000 habitants est là pour attester qu'il y a bien eu une Marie Galante qui a compté dans cette aventure et que l'Amiral Colomb l'adorait puisque c'est à elle qu'il a pensé d'abord !


  

(1) C'est un autre navigateur, Amerigo Vespucci, florentin qui comprendra, 9 ans plus tard en 1501, que le continent qu'il explorait sur les traces de Colomb n'était pas "les Indes occidentales", mais un Nouveau Monde. Les cartographes donneront au nouveau continent son nom : America

 

 

 

 

 

Voir les commentaires

Nostalgie : Le fils de pute

Publié le par Carlus

 

Dans l’île tropicale de mon enfance, il n’y avait de la prostitution que sur le port. Une prostitution sordide et occasionnelle destinée aux marins en transit. Ca a bien changé depuis. Aujourd’hui des organisations mafieuses venues de Haïti ou de la République dominicaine alignent dans les rues sombres de la capitale des dizaines de prostituées parlant espagnol ou créole haïtien. Mais à l’époque (très lointaine) de mon enfance, il n’avait pas de prostitution visible dans le centre-ville. Au pire, des "putains" (insulte que les femmes, surtout, s’échangeaient entre elles). Mais pas de prostituée professionnelle.

Mais un regard m'a rappelé qu'il y a en avait une. Une seule. Ca m’est revenu récemment en croisant le regard d’un petit garçon avec sa mère. Il y avait une prostituée dans la ville. Une seule. Tout le monde "savait" qu’elle l’était. Et de fait, elle en avait l'apparence : une mulâtresse au parler vulgaire, la quarantaine fatiguée, les yeux cernés, mal maquillée. Tout le monde "savait" qu’elle se prostituait, mais personne ne la couvrait d'opprobre. Car disait-on, elle faisait cela pour élever dignement son enfant, un jeune garçon de mon âge. Et de fait, son fils, qu’elle tenait toujours par la main quand elle allait en ville faire son marché quotidien, était toujours propre, bien coiffé et bien vêtu : pas de vêtement sale ni rapiécé, ni trop grand ni trop petit.

Quand, pendant les vacances scolaires, debout dans l’entrée de la boutique de mes parents, je les voyais passer, mon regard croisait le sien et je ressentais une sorte de sympathie réciproque entre nous. On se ressemblait : look de garçon sage, blanc de peau (ce qui, dans une société post-coloniale, signifiait à priori, niveau social au dessus de la moyenne) cheveux noirs bien coiffés avec une raie sur le côté, short court, chaussettes avec les chaussures.

Je ne lui ai jamais parlé, mais je ne l'ai pas oublié et j’ai souvent pensé à lui au cours de ma vie.
Je me suis souvent demandé ce que pouvait bien être la vie d’un garçon dont la mère est, au vu et au su de tous et dans une petite ville où tout le monde se connait, une prostituée ? Pas moyen de se fâcher avec des camarades d’école sans se voir immédiatement lancer au visage l’insulte "fils de pute" avec ricanement annexe " Ah tiens mais au fait, c’est vrai que tu en es un, hahaha !!". Pas question d’être le petit ami affiché d’une jeune fille de bonne (et même de moins bonne) famille. Avait-il eu une adolescence tourmentée par l’idée obsessionnelle que son père n’avait été qu’un marin client de passage de sa mère. Ou, peut-être encore, une jeunesse troublée par un amour fusionnel pour cette mère aimante et possessive qui ne lui lâchait jamais la main ?

Longtemps, en pensant à lui, me revenait la phrase de Poil de carotte "tout le monde n’a pas la chance d’être orphelin".
Aujourd’hui, les débats autour de la PMA m’ont convaincu qu’un enfant n’a besoin que de l’amour d’une mère pour s'épanouir.

Oui, mais... même d'une mère prostituée ? même d'une mère méprisée par une société qui a comme modèle de mère une Sainte Vierge immaculée et asexuée ? Peut-être, j’en sais rien.

 

Voir les commentaires