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Vite ! Qui, comme prochain président ?

Publié le par Carlus

Le temps presse. L’échéance approche. Les candidats se déclarent. L’offre s’élargit.
Alors QUI ?

Mélenchon ?

Pourquoi pas ? Si on a envie de passer directement de sixième puissance économique mondiale à pays du Tiers-monde en deux ans, en sautant les étapes et sans espoir de retour, ça peut être une option. En plus, ce sera facile à mettre en œuvre : une bonne assemblée constituante qui s’octroierait tous les pouvoirs du parlement, comme au Venezuela, une présélection des candidats à la cubaine ou à l’iranienne et ça deviendrait irréversible…! Que demande le peuple, au fond ? un leader teigneux et colérique, entouré de roquets, rien de plus ! Tout le reste n'est que du bavardage anti-démocratique !

Marine Le Pen ?

Ou Bardella, oui, d'accord ! Et quoi ? Où il est le problème ?  S'aligner sur Poutine peut-être une bonne idée , vous savez ?   Ca nous permettrait déjà d'économiser beaucoup d'argent en réduisant le budget de la défense nationale et celui consacré à l'OTAN, puisque la Russie serait désormais un pays ami. Ami et protecteur, même. Regardez comment les peuples Tchétchènes et  Biélorusses sont heureux sous la protection du leader ! Il est si charismatique qu'on ne lui connait aucun opposant, vivant en tout cas !  Ce serait vraiment dommage de ne pas se mettre sous la protection bienveillante de ce type, non ? 

Xavier Bertrand  peut-être aussi ?

Oui, je l'ai entendu parler avant-hier. Et bien, lui aussi aussi pourrait être une option, je trouve ! C’est vrai, quoi, depuis François Hollande, il manquait au paysage politique français un gros mou, un peu démago, un peu veule mais qui n’a pas peur de promettre. Et puis franchement, respect pour un politicien qui a "entendu le cri de la France, la France des silencieux, la France des invisibles, la France des oubliés" ! Quelle éloquence ! On dirait du Mélenchon revu et corrigé par Djamel Debouzze !

Ou alors un candidat écolo !

N’importe lequel ferait l’affaire : Marine Tondelier, Eric Piolle, Grégory Doucet, Sandrine Rousseau, peu importe ! De toute façon, quel que soit celui que la base choisira (en principe le plus sectaire, c’est une tradition chez eux), il sera tenu d’intégrer dans son programme les revendications que la grande majorité des Français attend depuis longtemps :

-  généralisation de l’écriture inclusive
- réunions en non-mixité,
- quota d’élus LGBT+++ au parlement et au gouvernement,
- interdiction des arbres morts de Noël

A l’occasion quelques mesures pour limiter la quantité de sucre dans les sodas, juste pour faire bonne figure, juste pour la forme, car, soyons honnêtes,  les Français s’en foutent royalement !

Vite ! Qui, comme prochain président ?

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Europe, mon amour

Publié le par Carlus

Alors que l'horizon commence à s'assombrir pour Europe et tout ce qu'elle représente, je voudrais lui dire une nouvelle fois  à quel point je l'aime 

Europe, mon amour, je t’aime !

Je t’aime, je t'ai toujours aimé. Avant même que je le sache, avant même que je puisse mettre des mots sur mes sentiments, je t’aimais déjà !

J’aime tout en toi : ta force, tes faiblesses, ta culture, ton histoire !

Je t'aime comme tu es, avec tous tes défauts, ceux que tes ennemis mettent en avant pour te discréditer en occultant ton énorme capacité à les corriger,  à t'améliorer, à trouver des solutions nouvelles que le monde entier reprendra ensuite.

J’aime tout en toi : ta capacité à te remettre en cause quand tout va bien, ta détermination à protéger les tiens quand tout va mal.

J’aime ton passé avec ses moments de gloire et ses heures sombres. J’aime l’avenir que tu me proposes.

J’aime les débats permanents que tu suscites en ton sein, le fourmillement d’idées, de révoltes, d’enthousiasmes qu’il y a en toi ! J’aime le foisonnement de défilés, de manifestations, d’élections, de référendums, de motions de censure, de questions préalables qui t’agitent chaque jour !

J’aime le regard bienveillant et protecteur que tu portes sur les enfants, sur les vieillards, sur les femmes, sur les étrangers.

J’aime les droits que tu accordes à tous, le droit au respect, le droit à la dignité, le droit de tout prendre sans être tenu de dire merci.

Je t’aime ! J’aime jusqu’à tes défauts, ta façon de fonctionner si compliquée, si imparfaite, si ridicule parfois. La simplicité et l'évidence en la matière sont si souvent le masque souriant du totalitarisme.

J’aime ta naïveté un peu prétentieuse quand tu rappelles au monde les grands principes de liberté et de justice  ! J’aime même ton cynisme quand tu fais venir chez toi des étrangers pour payer tes retraites et que tu prétends que c’est par pure générosité !

J'aime l'idée que mes enfants, mes petits-enfants et leurs enfants seront, en ton sein, plus à l'abri de la guerre et de l'oppression, du fanatisme et de l'obscurantisme,  de la misère et de la maladie, que partout ailleurs dans le monde qui s'annonce.

Je t'aime, mère nourricière du corps et de l'esprit, mère protectrice armée du glaive de la guerre ET de la balance de la justice ! Je t’aime, Europe, ma bien-aimée, ma muse, ma Mère-Patries !

Europe, mon amour

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Casanova, Alzheimer et moi

Publié le par Carlus


Casanova - (voix de vieillard lente et chevrotante)

Entre, Carlus ! Tu as donc quitté ton EHPAD et surmonté la peur qu'inspire ce lieu  pour me rendre visite. Bienvenue dans cette triste et sombre demeure qui est la mienne depuis maintenant plus de deux siècles ! C'est un immense plaisir pour moi que de rencontrer quelqu'un de là-haut ! Mais... comment as-tu fait pour entrer ? Je croyais que ce monde était réservée aux âmes qui...

Carlus- Je me suis arrangé avec Charon. Je ne lui ai montré que la partie inerte de mon cerveau, il n'y a vu que du feu  ! Je suis très honoré de vous rencontrer, Monsieur Giacomo Girolamo Casanova.

Casanova - Tsst tsst! Pas de ça entre nous, mon cher ! Appelle-moi Giacomo et tutoyons-nous, je t'en prie !

Carlus- Merci, je suis très flatté de cette marque d'amitié, Giacomo !

Casanova - Je t'en prie, prends un siège ! Alors, dis-moi,  il paraît qu'on parle encore de moi, là-haut ?

Carlus- Oh, plus que jamais, Monsieur... pardon...Giacomo ! Un des grands écrivains du moment, un certain Philippe Sollers, a sorti il y a quelques années un ouvrage intitulé "Casanova l'admirable" que j'ai lu et il ne tarit pas d'éloges sur vous... sur toi !

Casanova - Quelle heureuse nouvelle tu m'apprends là, cher Carlus ! Excuse-moi de t'importuner avec ma curiosité quelque peu égoïste, cher ami, mais tu comprendras bien qu'en ce lieu triste et vide où ma vieille âme demeure désormais, on ne saurait me faire le reproche "de ne savoir plus jouir que par réminiscence". C'est une énième biographie, n'est ce pas, qu'a écrit ce monsieur Sollers?

Carlus- Oh c'est bien plus que cela ! Il dit "Il faut lire Casanova dans le texte, c'est l'un des plus grands écrivains du XVIIIe, au même titre que Voltaire, Rousseau ou Diderot." Il dit aussi que tu es un des "précurseurs de l'identité européenne".

Casanova - Le charmant homme que voilà ! Il est vrai que j'ai sillonné les routes d'Europe. Tu sais, Carlus, c'est un grand bonheur pour un homme de voir ses mérites reconnus, même à titre posthume ! On a tellement tenté de me faire passer pour une sorte d'automate sexuel, frivole et pitoyable comme ce gredin de Federico Fellini qui, m'a-t-on dit, me ridiculise dans une ses œuvres !

Carlus - Sollers, lui, pas du tout ! Il est en admiration devant ton pouvoir de séduction, et te qualifie de Séducteur- Philosophe.

Casanova - "Séducteur-Philosophe", quelle belle formule...! Il faudra que je pense, le moment venu, à remercier ce monsieur Sollers des efforts méritoires qu'il entreprend pour réhabiliter ma mémoire et des bonnes dispositions qu'il manifeste à mon égard. Et, toi aussi, je te remercie infiniment, mon ami, de ces excellentes nouvelles que tu m'apportes là et qui réjouissent mon âme languissante !

Carlus- Il n'y a pas de quoi, Giaocomo ! Quoi de plus naturel entre... entre gens de bonne compagnie !

Casanova - Alors, que puis-je donc faire pour toi, mon ami ? Quel est donc le puissant motif qui t'a fait braver la peur qui étreint d'habitude les mortels à la seule idée d'entrer en ces lieux ? Laisse-moi deviner ! Tu voudrais que je te dévoile LE secret de la séduction!

Carlus- Euh... ce n'était pas l'objet de ma visite, mais oui, si tu pouvais m'en toucher deux mots, je t'en serais infiniment reconnaissant !

Casanova - Il faut aimer chaque femme, mon cher ami, comme si elle était l'unique femme de notre vie et s'en faire aimer. "Les femmes de ma vie m'ont aimé et je les ai aimées, l'âme étant chez moi à l'unisson du sensuel. Aussi, en aimant une, je ne songeais jamais à la suivante: elle me paraissait comme l'Unique."

Carlus- Oui, non mais ça, c'est du baratin, du baratin de séducteur, de collectionneur ! Quand on dit "je ne pense pas à la suivante", on dit en même temps qu'il y aura une suivante !

Casanova - Oui, peut-être, mais je n'y pensais pas sur le moment, mon cher Carlus!

Carlus- Tu n'y pensais pas sur le moment, peut-être, mais tu savais déjà qu'il y aurait une suivante ! Le type qui aime une femme ne se dit pas "je ne pense pas à la suivante" ! Il se dit " Il n'y aura pas d'autres femmes dans ma vie" !

Casanova - Mon cher Carlus, sache que "pour que le plus délicieux endroit du monde déplaise, il suffit qu'on soit condamné à y habiter".

Carlus- He bien, voilà ! Là, tu es sincère ! Instable, collectionneur,  mais sincère !

Casanova - Comme tu voudras ! A chacun sa vie, mon cher ami ! Chacun décide qui il veut être et assume la vie qui résulte de son choix ! Il m'a été dit que tu étais destiné à être l'homme d'une seule femme et que ce sont les hasards de la vie qui t'ont conduit à en aimer plusieurs.

Carlus - C'est vrai, et j'ai tout connu des affres de l'amour : l'infidélité, la perfidie, la jalousie, le doute, la panne, le divorce, le veuvage...

Casanova - Mais bon, le temps passe... dis-moi donc la raison de ta visite.

Carlus- Juste une dernière question avant d'arriver au motif de ma visite ! Tu as vraiment couché avec tes sœurs et même avec ta propre fille Leonilda ?

Casanova - Ce n'était que ma fille adoptive,  ma belle-fille comme vous dites aujourd'hui, la fille de Lucrezia, une ancienne amante ! 

Carlus- Sauf que Lucrezia, elle, l'a toujours présenté comme étant "la fille de Casanova" !  

Casanova (sur un ton sec) - Oui, mais je ne l'ai appris que plus tard !  Mais quel est donc le motif de ta visite ? Je te rappelle que j'ai déjà été jugé pour les fautes que j'ai commises de mon vivant et c'est d'ailleurs ce qui explique ma présence en ces lieux ! Voudrais-tu me juger une nouvelle fois ?

Carlus- Oui, pardon, venons-en au fait ! En fait je suis venu te demander une faveur.

Casanova - Je t'écoute

Carlus- Alors voilà, dans les salons littéraires que tu fréquentais dans toute l'Europe, beaucoup de gens te considéraient comme un excellent critique littéraire, n'est-ce pas ?

Casanova - En effet, beaucoup de gens me faisaient l'amitié d'écouter avec intérêt mon point de vue dans un grand nombre de domaines et notamment sur les œuvres écrites aussi bien par des écrivains talentueux que par des écrivaillons prétentieux.

Carlus- Alors voilà,  je tiens un blog depuis quelques années. Oh, rien de sérieux, un passe-temps, un journal intime rigolo, un bloc-notes pour relire et me souvenir plus tard de ce que j'ai pu dire au fil du temps... Alors, je me suis dit que tu pourrais peut-être me dire... Enfin, j'aimerais bien avoir ton avis éclairé sur mon blog. Charon m'a dit que tu lisais parfois mes billets ?

Casanova - Oui, bien sûr ! Parmi les différentes pénitences qui m'étaient proposées, c'est celle que j'ai choisie ! J'ai horreur de me faire brûler la plante des pieds.

Carlus- Alors, qu'est-ce que tu en penses ? Sois sincère! Je suis vraiment curieux de connaître ton point de vue...

Casanova - Euuhhh... Ah, tiens... ils vont bientôt fermer les portes, mon cher Carlus ! Tu ferais bien de t'en aller rapidement !

Carlus- Mais... juste un mot ! Est-ce bien écrit ? Te fait-il sourire ?  Te procure-t-il du plaisir  ? Te parait-il ennuyeux ?

Casanova - Vas-y, dépêche-toi, le temps presse ! Je te dirai cela à ta prochaine visite!

Carlus- Prochaine visite ??? Quand ouvriront-ils à nouveau les portes de ta geôle aux visiteurs ?

Casanova - Dans 15.000 ans...

Carlus- dans 15.000 ans !?? Mais je serai...

Casanova - Oui, tu seras ici ! Et nous aurons l'éternité pour en parler tranquillement, mon cher ! Et je te promets d'être sincère ! Allez, maintenant, va-t'en, dépêche-toi, ils vont fermer les portes ! 

 

Casanova, Alzheimer et moi

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François Villon, Alzheimer et moi

Publié le par Carlus

Les princes sont destinés à la mort,
Et aussi tous ceux qui vivent 
Qu'ils s'en affligent ou s'en irritent,
Autant en emporte le vent.

François Villon

Depuis quelques jours, François vient me rendre visite tous les soirs après l'extinction des feux. Je pense qu'il est pensionnaire de cette maison, lui aussi, car il passe me voir hors des heures de visite. Le soir, sitôt après le dernier passage de l'infirmière, je le trouve installé dans le fauteuil situé à la tête du lit. Il reste là une bonne partie de la nuit, dans une semi obscurité à écrire et à bavarder avec moi. Je l'observe du coin de l'œil  car, allongé sur le dos, j'ai du mal à tourner la tête. Hier je lui encore demandé ce qu'il est devenu après avoir quitté Paris, mais il ne répond jamais à cette question et s'enferme dans une attitude de déni, comme on dit aujourd'hui.

Je me souviens de ma première rencontre avec lui. C'était dans une geôle sombre et humide. Il avait été condamné à la potence après une rixe au cours de laquelle le notaire Ferrebouc avait reçu un coup de dague. Le prévôt m'avait chargé de tenter de savoir avant l'exécution, qui, de lui et de ses trois amis, avait porté le coup.
En entrant dans la minuscule cellule, je lui demandai de décliner son identité. Il avait du panache, le bougre ! Il me répondit :

Je suis François, dont il me poise
(Je suis François et cela me pèse)
Né de Paris emprès Pontoise
(Né à Paris près de Pontoise)
Et de la corde d'une toise
(Et au bout d'une corde long d'une toise)
Saura mon col que mon cul poise
(Mon cou saura bientôt ce que pèse mon cul)

Je n'ai jamais eu la moindre sympathie pour les truands et les brigands de grands chemins, mais celui-là me fascinait. Il faut dire que c'était un poète, et quel poète ! Le chantre de la débauche et de la "mauvaise vie", l'étudiant ami des catins et des voyous, le poète mondain flatteur et railleur à la fois des grands du royaume. Mais aussi le chantre de l'amour courtois et tendre.

"Mort, j’en appelle de ta rigueur,
Toi qui m’as ma maîtresse ravi
Depuis je n’ai force ni vigueur,
En quoi te nuisait-elle en vie ?

Nous avons discuté pendant des heures et sommes devenus amis, moi le fonctionnaire de police et lui le poète débauché. A-t-on jamais vu amis si dissemblables ?
Au moment où je m'en allais, il me demanda si je pouvais lui faire la faveur, "en bon chrestien" de lui fournir de quoi écrire. Je me suis arrangé pour le lui faire parvenir dès le lendemain. C'est dans cette geôle qu'il écrivit sa célèbre Ballade des pendus.

Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez pas vos cœurs durcis à notre égard ...
La pluie nous a lessivés et lavés
Et le soleil nous a séchés et noircis;
Pies, corbeaux nous ont crevé les yeux,
Et arraché la barbe et les sourcils.
De ci de là, selon que le vent tourne,
Il ne cesse de nous ballotter à son gré,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez pas de notre confrérie,
Mais priez Dieu qu'il veuille tous nous absoudre!

Je le revis plusieurs fois par la suite et décidai de le sauver du gibet. Je fis, en son nom, appel du jugement auprès de la cour du Parlement, fis intervenir le peu de relation que j'avais, et pris à ma charge les frais de procédure. Et le 5 janvier 1463, j'eus le bonheur de voir commuer sa peine capitale en dix ans de bannissement de la ville et du comté de Paris.

Je lui offris le gîte et le couvert en attendant son départ. Il fêta dignement sa victoire en faisant défiler chez moi tout ce que Paris comptait de catins et de filles de joie. Jamais ma modeste demeure n'avait été si pleine de cris, de rires et de chants paillards ! Il composa en même temps deux ultimes textes poétiques de grande qualité, l'un dans lequel il remerciait, en les raillant, les juges du Parlement, l'autre dans lequel il se moquait de son geôlier.

Je ne fus pas son serf... ni sa biche !
Il m'a nourri d'une petite miche
Et d'eau froide tout un été ;
Qu'il soit large ou serré,
Avec moi il fut très chiche :
Que Dieu soit pour lui  
comme pour moi il a été

Puis, après m'avoir chaleureusement remercié, il me confia ses derniers manuscrits et quitta la ville.
Personne n'entendit jamais plus parler de lui. Certains disent qu'il fut dévoré par les hordes de loups qui entouraient Paris en ce temps-là, d'autres qu'il s'est fondu dans la masse des gueux et a cessé d'écrire.
Parmi les manuscrits qu'il m'a confiés, il y en a un que je garde encore précieusement et qui pourrait être considéré comme sa propre épitaphe:

Ici se clôt le testament
Et finit le pauvre Villon.
Venez à son enterrement,
Quand sonnera le carillon,
Vêtus rouge comme vermillon,
Car en amour mourut martyr;
Le jura-t-il sur son couillon 

Quand de ce monde il voulut partir.

François Villon, Alzheimer et moi

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Ératosthène, Alzheimer et moi

Publié le par Carlus

Des gens sont passés me voir aujourd'hui. Il y avait parmi eux une jeune fille et un petit garçon. On leur a demandé de me saluer. La jeune fille m'a regardé avec de grands yeux de biche apeurée et m'a dit "Bonjour, papy". Papy, quel drôle de nom ! Puis ils sont mis à parler de moi comme si je n'étais pas là. L'une s'inquiétait de savoir si je mangeais bien, l'autre affirmait que je ne faisais plus de différence entre le rêve et la réalité. Un troisième demanda s'il était possible d'enregistrer mes monologues. Il sembla aussitôt s'excuser de cette proposition saugrenue et clama avec grandiloquence "Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui disparaît", avant de quitter la pièce.
A moi, ça me paraissait être une bonne idée, pourtant ! J'ai tellement de choses à raconter. Des souvenirs innombrables qui datent des temps immémoriaux. Des images qui se bousculent dans ma tête, des visions qui m'arrivent dans le désordre à n'importe quel moment du jour et de la nuit.

J'aurais pu leur parler, tiens, de mon ami Ératosthène et leur dire comment nous avons réussi, lui et moi, il y a plus de deux mille cinq cents ans, à calculer la circonférence de la Terre. Il était grec mais vivait à l'époque en Egypte où il dirigeait la Grande Bibliothèque d'Alexandrie à la demande du Pharaon Ptolémée III. Nous nous sommes croisés un jour dans la grande salle d'Osiris et je suis allé vers lui pour lui dire mon admiration. Nous avons longuement discuté et il s'est pris de sympathie pour le jeune étudiant curieux que j'étais et m'a proposé de m'associer à son projet.

Selon lui, en observant l'ombre de deux objets situés en deux lieux éloignés, par exemple Syène (aujourd'hui Assouan) et Alexandrie, au solstice d'été à midi, c'est-à-dire au moment précis de l'année où le Soleil est dans la plus haute position au-dessus de l'horizon, on pourrait déduire soit que la terre est plate soit qu'elle est sphérique et dans ce dernier cas, calculer sa circonférence en extrapolant l'angle des ombres des objets observés.
 
Le jour venu , je me rendis à Syène accompagné d'un vieil esclave et d’une jeune fille du nom de Nephté, fille d'Afothis le Savant, ami d'Erathostène. Nous avons sympathisé durant le trajet et, une fois sur place, nous nous sommes isolés pour échanger des baisers, insoucieux du temps qui passait et de la mission qui nous avait été confiée. Heureusement pour nous, le vieil esclave d'Afothis savait ce qu'il avait à faire et il déroula la procédure et prit toutes les mesures que nous devions rapporter.

Après avoir comparé ses données et les nôtres, Eratosthène convoqua un petit cercle de savants dont j'avais l'immense honneur de faire partie. Ses conclusions furent formelles : la terre était ronde et sa circonférence était  (exprimée en unités d'aujourd'hui) de 39 375 km. J'appris, des siècles plus tard, qu'elle est en réalité de 40 075 km. Une marge d'erreur de moins de 2%, largement inférieure à la marge d'erreur traditionnellement admise dans le domaine des sciences !

Et de plus, j'en connaissais la cause : il y avait deux mesures à prendre simultanément à deux cents mètres de distance et le corps fatigué du vieil esclave érudit n'avait pu aller plus vite que le soleil.

Je n'eus d'ailleurs aucun regret : les baisers de Nephté valaient largement les 700 km d'imprécision qu'ils avaient provoqués !

Ératosthène, Alzheimer et moi

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La Bérézina

Publié le par Carlus

C’est une histoire qui ressemble à un cauchemar : le 14 septembre 1812, Napoléon entre, victorieux, dans Moscou. Mais la ville est déserte. Déserte et en proie aux flammes. Toute la ville est en feu et vidée de ses habitants. Pour ses hommes épuisés, c’est le signe de la victoire et de la débâcle de l’ennemi. Pour lui, certainement une vision d’horreur, car il pressent d’un coup ce qui va suivre inéluctablement.

Il était au sommet de sa gloire, il avait tout gagné, battu toutes les armées d’Europe : celles d’Autriche, de Suède, de Prusse, d’Espagne, de Russie. Un de ses maréchaux était sur le trône du royaume de Suède et de Norvège, son frère Joseph installé sur le trône d’Espagne. Il lui restait juste à obtenir la capitulation du Tsar Alexandre, ce qui n’était pas le plus difficile puisqu’il l’avait déjà battu militairement, pour renforcer le blocus contre les Anglais et devenir le plus grand monarque d’Europe de tous les temps, loin devant Charlemagne !

Il restait juste la dernière petite étape à franchir. La dernier pion à pousser pour faire Echec et Mat.

 Mais Moscou était vide, ce jour-là. Vide et en feu.  La politique de la terre brûlée.

Officiellement, il décide d’attendre que le Tsar Alexandre vienne reconnaître sa défaite, mais il a déjà compris toutes les conséquences de cette situation. C’est tout bête, le Tsar ne viendra pas. Et il ne peut ni l’attendre, ni le poursuivre à cause du terrible hiver russe qui commence. Comment n’y a-t-il pas pensé plus tôt ? Quelques jours plus tard, il donne l’ordre de la retraite. Entre-temps, il a bien tenté d’examiner d’autres options, de trouver une idée, une initiative qui pourrait changer le cours des choses, mais tout le ramenait à la vision qu’il eut, à l’instant même où il entrait dans cette grande ville en feu désertée par ses habitants et ses soldats : la retraite pitoyable dans le froid extrême et sous le harcèlement de l’ennemi, la traversée du fleuve Bérézina, les 400 000 morts sur le chemin du retour, la sixième coalition militaire qui l’attendrait à l’arrivée, l’abdication sans condition, l’exil...

Entre l’entrée triomphale dans Moscou et le statut humiliant de souverain de l’île d’Elbe, il s’est passé à peine 18 mois.

Le cauchemar, ce n’est pas que la vie est faite de hauts et de bas. Non, ça, tout le monde le sait et assume. Tant que les bas ne sont pas de notre fait ou tant qu’on peut les assumer. Ce n’est pas non plus que "la roche Tarpéienne est proche du Capitole" ce qui veut dire, au fond, qu’il n’y a pas de grand succès sans grand risque. Et ça aussi on l’assume en général assez bien, les hommes de pouvoir, en tout cas.

Non, le cauchemar, c’est juste la mauvaise décision prise par suffisance, par excès de confiance en soi ou par mépris des autres au moment où tout va si bien que l’on se sent tout-puissant et invincible. C’est souvent une décision qui paraît logique ou banale au moment où elle est prise, mais dont nous entrevoyons ensuite, quand elle est devenue irréversible, qu’elle va nous entraîner irrémédiablement en enfer, dans les affres de l’opprobre et de la honte, sans que rien ni personne ne puisse arrêter l’enchaînement des choses.

 

La Bérézina

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C'est Rodrigo qui a découvert l'Amérique

Publié le par Carlus

Dans la rubrique "les grands hommes sont des enculés comme les autres", voici la mésaventure du matelot Rodrigo qui fut le premier à découvrir l'Amérique.
Enfin... l'Amérique ! les Bahamas, mais ça revient au même !

Alors que le voyage commençait à devenir interminable après plus d'un mois de navigation (loin des 15  jours prévus au départ par Colomb) et que l'équipage était épuisé et inquiet, l'Amiral Colomb craignant une mutinerie, proposa, pour occuper et motiver ses hommes, une forte récompense de plusieurs milliers de maravédis à celui qui verrait le premier la terre.

Le gagnant fut Rodrigo Triana, un simple matelot qui, du haut de son poste de vigie, découvrit,  le 12 octobre 1492, alors qu'il faisait déjà nuit, l'île qui deviendra plus tard les Bahamas. Il cria "TERRE_!!!" et fit le signe convenu à Christophe Colomb qui était  sur le pont.  Ce dernier put enfin respirer : non seulement sa mission n'allait pas se terminer par une catastrophe mais il savait qu'il entrait à ce moment-là dans l'Histoire de la navigation pour avoir trouvé la route maritime des Indes.

Il firent escale dans l'ile pour se ravitailler en eau et se reposer. Au moment de repartir, Rodrigo demanda audience à l'Amiral Colomb pour réclamer sa récompense. Celui-ci le reçut et lui répondit que c'était lui, Christophe Colomb, qui avait vu la terre le premier et qu'il s'était juste tourné vers la vigie à ce moment-là pour avoir confirmation qu'une deuxième personne l'avait vu.

Rodrigo réfléchit deux secondes sur l'état des forces en présence : d'un côté, lui, simple matelot tout en bas de la hiérarchie, face à lui un Amiral de la Marine Espagnole, mandaté d'une mission de la plus haute importance par Ferdinand et Isabelle roi et reine très catholiques d'Espagne.

Prudent, il prit le parti de fermer sa gueule. Il félicita l'heureux gagnant et lui demanda l'autorisation de se retirer pour rejoindre son poste. Ce qui lui fut accordé.

Lot de consolation posthume : il a sa statue à Séville

C'est Rodrigo qui a découvert l'Amérique

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Les stratèges de génie

Publié le par Carlus

Les stratèges de génie

La propagande qui accompagne toute guerre joue sur des peurs cachées et des fantasmes que nous avons tous en nous. Des fantasmes qui n'ont qu'un lointain rapport avec la réalité et qui ont du mal à disparaitre même lorsqu'ils sont démentis par les faits. Ainsi pour beaucoup de gens Napoléon et Hitler sont des chefs de guerre et des stratèges exceptionnels. Ce sont pourtant des stratèges qui ont perdu à la fin, et de la façon la plus minable qui soit.

 

Napoléon

Napoléon , après la défaite de Waterloo, abdique et rentre à Paris (pour voir sa mère une dernière fois, dit-il) puis se rend à Rochefort d'où il tente de prendre un bateau mis à sa disposition  pour se rendre aux Amériques. Mais le blocus maritime mis en place par les Anglais l'en empêche. Il décide alors de se rendre. Il va dans la garnison anglaise la plus proche et leur dit "Je viens me mettre sous la protection de votre prince et de vos lois.  Le sort des armes m'amène chez mon plus cruel ennemi, mais je compte sur sa loyauté" Il sera conduit à Plymouth où il apprendra en arrivant que les Anglais ont décidé de l'exiler sur l'île de Sainte-Hélène. 

 

Hitler

Hitler déclare le 16 avril 1945 que "les Russes vont connaître devant Berlin la plus sanglante défaite de tous les temps". Quinze jours plus tard, le 30 avril 1945, en hurlant que ses généraux l'avaient trahi, il se donnait la mort. Par cyanure et par balle pour être sûr de ne pas se louper.

 

Et Poutine ? 

La guerre d'Ukraine a commencé par l'idée générale, diffusée par ses thuriféraires, que Poutine était un stratège de génie qui avait tout prévu dans le moindre détail : la guerre rapide, l'entrée triomphale des chars dans Kiev libérée des nazis, la division de ces tarlouzes d'Européens incapables de prendre une décision, les sanctions économiques qui ne ne toucheraient la Russie que de façon marginale et se retourneraient même contre ses initiateurs. 

Quel génie ! La seule chose qui est vraie est qu'il a préparé cette guerre pendant longtemps.  Et aussi qu'il a beaucoup consulté. Mais qui dans son entourage aurait eu le courage de lui dire "Chef, c'est une connerie !"? Les membres de l'Etat-major (ils ont tous été changé depuis) lui ont certainement confirmé que ce serait une guerre éclair, que la foule des Ukrainiens applaudirait les chars russes entrant dans Kiev. 

Mais la guerre ne sera pas brève; ses chars n'entreront jamais à Kiev, et il n'y aura pas d'acclamations de la foule, ni ukrainienne, ni russe non plus d'ailleurs; L'Otan s'est élargi à deux nouveaux pays, la Finlande et la Suède, qui ont aussitôt abandonné l'idée de rester "neutres";  l'Europe s'est soudée, aussi bien ses dirigeants que sa population (à part la petite minorité d'éternels collabos qui choisiront toujours l'ennemi, quel qu'il soit); et les sanctions économiques handicapent fortement une économie russe déjà faible, sans compter le nombre de morts ( un demi million, selon les estimations) dans une population déjà en déclin.

En 2019, dernière année non perturbée par la pandémie, le PIB de la Fédération de Russie pesait moins de la moitié du PIB allemand ou français, 12% du PIB chinois, et 8% de celui des États-Unis. Or le PIB est la base fiscale sur laquelle un État peut financer un long effort militaire. Même si Poutine réussissait à occuper durablement les territoires si durement conquis, dans quel état laisserait-il son pays après cette victoire à la Pyrrhus ?

 

 

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Petits coups de gueule de vacances

Publié le par Carlus

A Florian Philippot

Mon pauvre Florian

Tu es d'extrême droite. Tu es même aujourd'hui à la droite de l'extrême droite. Tu as choisi ton camp : celui des antivax, des anti Zelenski, des anti avortement , des anti immigration, anti Union Européenne… Tu as oublié juste une chose, connard : tu es aussi dans le camp des anti homosexualité... Et tu es homo !!! Tu l'as caché pendant longtemps mais aujourd'hui , c'est officiel. Dans cette société que tu qualifies "de merde" , tu vis ta sexualité sereinement. Tes adversaires politiques respectent ta sexualité et ne te traitent pas de "sale pédé" . D'ailleurs les seuls à pouvoir éventuellement le faire sont … les gens de ton camp ! Tu es gay et tu souhaites l'avènement d'une société ou les gays sont moqués, stigmatisés, agressés, persécutés, connard !  
Attends, attends… à moins que…  tu te dis peut-être que la société de tes rêves serait antivax, anti Zelenski, anti avortement , anti immigration anti Union Européenne, mais... respectueuse de la sexualité de chacun ! Si c'est ça , tu es encore plus con que je ne le pensais, Florian ! Mais non, mon pauvre Florian, extrême droite, c'est un pack à prendre ou à laisser, à prendre ou à combattre. Si l'extrême droite arrive au pouvoir, tu seras dans le meilleur des cas traité de "sale pédé" toute la journée sans pouvoir porter plainte et dans le pire des cas, au moindre écart, jeté dans une geôle avec une insulte homophobe.

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A une amie très chère 

Ma pauvre amie

Tu es effarée par l'attitude des gens dans le métro : "ils sont tous dans leurs bulles individuelles, penchés sur leurs smartphones, personne ne regarde personne…" Tu veux que je te dise ce que j'en pense ? Tu es une amie, j'essaie de rester poli : tu as le même âge que moi, idiote, tu as donc connu le métro AVANT le smartphone. T'es pas Alzeimer, tu n'as pas oublié ? Qu'est-ce qu'il faisaient, les gens dans le métro avant le smartphone ? Ils se parlaient ? Ils s'interpellaient ? Ils sympathisaient ? "Permettez-moi de vous dire que vous avez de très beaux enfants, madame" - "Merci, monsieur, vous êtes bien aimable" c'était ça le métro de ton temps, bécasse ? Dans mon souvenir à moi, c'était 2% de gens qui lisaient un livre, 5% de gens qui lisaient le journal et 93% de gens accrochés à la barre, le regard fixe, éteint, semblable à des zombies. D'ailleurs je pense que j'en faisais partie, de ces zombies. Et aujourd'hui, c'est comme dans l'avion où l'on nous propose de regarder des films pendant le voyage, chacun regarde sur son smartphone sa petite chaine YouTube ou TikTok préférée. Où est le problème ? Moi je trouve ça plutôt positif, comme évolution. 

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