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François Villon, Alzheimer et moi

Publié le par Carlus

Les princes sont destinés à la mort,
Et aussi tous ceux qui vivent 
Qu'ils s'en affligent ou s'en irritent,
Autant en emporte le vent.

François Villon

Depuis quelques jours, François vient me rendre visite tous les soirs après l'extinction des feux. Je pense qu'il est pensionnaire de cette maison, lui aussi, car il passe me voir hors des heures de visite. Le soir, sitôt après le dernier passage de l'infirmière, je le trouve installé dans le fauteuil situé à la tête du lit. Il reste là une bonne partie de la nuit, dans une semi obscurité à écrire et à bavarder avec moi. Je l'observe du coin de l'œil  car, allongé sur le dos, j'ai du mal à tourner la tête. Hier je lui encore demandé ce qu'il est devenu après avoir quitté Paris, mais il ne répond jamais à cette question et s'enferme dans une attitude de déni, comme on dit aujourd'hui.

Je me souviens de ma première rencontre avec lui. C'était dans une geôle sombre et humide. Il avait été condamné à la potence après une rixe au cours de laquelle le notaire Ferrebouc avait reçu un coup de dague. Le prévôt m'avait chargé de tenter de savoir avant l'exécution, qui, de lui et de ses trois amis, avait porté le coup.
En entrant dans la minuscule cellule, je lui demandai de décliner son identité. Il avait du panache, le bougre ! Il me répondit :

Je suis François, dont il me poise
(Je suis François et cela me pèse)
Né de Paris emprès Pontoise
(Né à Paris près de Pontoise)
Et de la corde d'une toise
(Et au bout d'une corde long d'une toise)
Saura mon col que mon cul poise
(Mon cou saura bientôt ce que pèse mon cul)

Je n'ai jamais eu la moindre sympathie pour les truands et les brigands de grands chemins, mais celui-là me fascinait. Il faut dire que c'était un poète, et quel poète ! Le chantre de la débauche et de la "mauvaise vie", l'étudiant ami des catins et des voyous, le poète mondain flatteur et railleur à la fois des grands du royaume. Mais aussi le chantre de l'amour courtois et tendre.

"Mort, j’en appelle de ta rigueur,
Toi qui m’as ma maîtresse ravi
Depuis je n’ai force ni vigueur,
En quoi te nuisait-elle en vie ?

Nous avons discuté pendant des heures et sommes devenus amis, moi le fonctionnaire de police et lui le poète débauché. A-t-on jamais vu amis si dissemblables ?
Au moment où je m'en allais, il me demanda si je pouvais lui faire la faveur, "en bon chrestien" de lui fournir de quoi écrire. Je me suis arrangé pour le lui faire parvenir dès le lendemain. C'est dans cette geôle qu'il écrivit sa célèbre Ballade des pendus.

Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez pas vos cœurs durcis à notre égard ...
La pluie nous a lessivés et lavés
Et le soleil nous a séchés et noircis;
Pies, corbeaux nous ont crevé les yeux,
Et arraché la barbe et les sourcils.
De ci de là, selon que le vent tourne,
Il ne cesse de nous ballotter à son gré,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez pas de notre confrérie,
Mais priez Dieu qu'il veuille tous nous absoudre!

Je le revis plusieurs fois par la suite et décidai de le sauver du gibet. Je fis, en son nom, appel du jugement auprès de la cour du Parlement, fis intervenir le peu de relation que j'avais, et pris à ma charge les frais de procédure. Et le 5 janvier 1463, j'eus le bonheur de voir commuer sa peine capitale en dix ans de bannissement de la ville et du comté de Paris.

Je lui offris le gîte et le couvert en attendant son départ. Il fêta dignement sa victoire en faisant défiler chez moi tout ce que Paris comptait de catins et de filles de joie. Jamais ma modeste demeure n'avait été si pleine de cris, de rires et de chants paillards ! Il composa en même temps deux ultimes textes poétiques de grande qualité, l'un dans lequel il remerciait, en les raillant, les juges du Parlement, l'autre dans lequel il se moquait de son geôlier.

Je ne fus pas son serf... ni sa biche !
Il m'a nourri d'une petite miche
Et d'eau froide tout un été ;
Qu'il soit large ou serré,
Avec moi il fut très chiche :
Que Dieu soit pour lui  
comme pour moi il a été

Puis, après m'avoir chaleureusement remercié, il me confia ses derniers manuscrits et quitta la ville.
Personne n'entendit jamais plus parler de lui. Certains disent qu'il fut dévoré par les hordes de loups qui entouraient Paris en ce temps-là, d'autres qu'il s'est fondu dans la masse des gueux et a cessé d'écrire.
Parmi les manuscrits qu'il m'a confiés, il y en a un que je garde encore précieusement et qui pourrait être considéré comme sa propre épitaphe:

Ici se clôt le testament
Et finit le pauvre Villon.
Venez à son enterrement,
Quand sonnera le carillon,
Vêtus rouge comme vermillon,
Car en amour mourut martyr;
Le jura-t-il sur son couillon 

Quand de ce monde il voulut partir.

François Villon, Alzheimer et moi

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Ératosthène, Alzheimer et moi

Publié le par Carlus

Des gens sont passés me voir aujourd'hui. Il y avait parmi eux une jeune fille et un petit garçon. On leur a demandé de me saluer. La jeune fille m'a regardé avec de grands yeux de biche apeurée et m'a dit "Bonjour, papy". Papy, quel drôle de nom ! Puis ils sont mis à parler de moi comme si je n'étais pas là. L'une s'inquiétait de savoir si je mangeais bien, l'autre affirmait que je ne faisais plus de différence entre le rêve et la réalité. Un troisième demanda s'il était possible d'enregistrer mes monologues. Il sembla aussitôt s'excuser de cette proposition saugrenue et clama avec grandiloquence "Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui disparaît", avant de quitter la pièce.
A moi, ça me paraissait être une bonne idée, pourtant ! J'ai tellement de choses à raconter. Des souvenirs innombrables qui datent des temps immémoriaux. Des images qui se bousculent dans ma tête, des visions qui m'arrivent dans le désordre à n'importe quel moment du jour et de la nuit.

J'aurais pu leur parler, tiens, de mon ami Ératosthène et leur dire comment nous avons réussi, lui et moi, il y a plus de deux mille cinq cents ans, à calculer la circonférence de la Terre. Il était grec mais vivait à l'époque en Egypte où il dirigeait la Grande Bibliothèque d'Alexandrie à la demande du Pharaon Ptolémée III. Nous nous sommes croisés un jour dans la grande salle d'Osiris et je suis allé vers lui pour lui dire mon admiration. Nous avons longuement discuté et il s'est pris de sympathie pour le jeune étudiant curieux que j'étais et m'a proposé de m'associer à son projet.

Selon lui, en observant l'ombre de deux objets situés en deux lieux éloignés, par exemple Syène (aujourd'hui Assouan) et Alexandrie, au solstice d'été à midi, c'est-à-dire au moment précis de l'année où le Soleil est dans la plus haute position au-dessus de l'horizon, on pourrait déduire soit que la terre est plate soit qu'elle est sphérique et dans ce dernier cas, calculer sa circonférence en extrapolant l'angle des ombres des objets observés.
 
Le jour venu , je me rendis à Syène accompagné d'un vieil esclave et d’une jeune fille du nom de Nephté, fille d'Afothis le Savant, ami d'Erathostène. Nous avons sympathisé durant le trajet et, une fois sur place, nous nous sommes isolés pour échanger des baisers, insoucieux du temps qui passait et de la mission qui nous avait été confiée. Heureusement pour nous, le vieil esclave d'Afothis savait ce qu'il avait à faire et il déroula la procédure et prit toutes les mesures que nous devions rapporter.

Après avoir comparé ses données et les nôtres, Eratosthène convoqua un petit cercle de savants dont j'avais l'immense honneur de faire partie. Ses conclusions furent formelles : la terre était ronde et sa circonférence était  (exprimée en unités d'aujourd'hui) de 39 375 km. J'appris, des siècles plus tard, qu'elle est en réalité de 40 075 km. Une marge d'erreur de moins de 2%, largement inférieure à la marge d'erreur traditionnellement admise dans le domaine des sciences !

Et de plus, j'en connaissais la cause : il y avait deux mesures à prendre simultanément à deux cents mètres de distance et le corps fatigué du vieil esclave érudit n'avait pu aller plus vite que le soleil.

Je n'eus d'ailleurs aucun regret : les baisers de Nephté valaient largement les 700 km d'imprécision qu'ils avaient provoqués !

Ératosthène, Alzheimer et moi

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La Bérézina

Publié le par Carlus

C’est une histoire qui ressemble à un cauchemar : le 14 septembre 1812, Napoléon entre, victorieux, dans Moscou. Mais la ville est déserte. Déserte et en proie aux flammes. Toute la ville est en feu et vidée de ses habitants. Pour ses hommes épuisés, c’est le signe de la victoire et de la débâcle de l’ennemi. Pour lui, certainement une vision d’horreur, car il pressent d’un coup ce qui va suivre inéluctablement.

Il était au sommet de sa gloire, il avait tout gagné, battu toutes les armées d’Europe : celles d’Autriche, de Suède, de Prusse, d’Espagne, de Russie. Un de ses maréchaux était sur le trône du royaume de Suède et de Norvège, son frère Joseph installé sur le trône d’Espagne. Il lui restait juste à obtenir la capitulation du Tsar Alexandre, ce qui n’était pas le plus difficile puisqu’il l’avait déjà battu militairement, pour renforcer le blocus contre les Anglais et devenir le plus grand monarque d’Europe de tous les temps, loin devant Charlemagne !

Il restait juste la dernière petite étape à franchir. La dernier pion à pousser pour faire Echec et Mat.

 Mais Moscou était vide, ce jour-là. Vide et en feu.  La politique de la terre brûlée.

Officiellement, il décide d’attendre que le Tsar Alexandre vienne reconnaître sa défaite, mais il a déjà compris toutes les conséquences de cette situation. C’est tout bête, le Tsar ne viendra pas. Et il ne peut ni l’attendre, ni le poursuivre à cause du terrible hiver russe qui commence. Comment n’y a-t-il pas pensé plus tôt ? Quelques jours plus tard, il donne l’ordre de la retraite. Entre-temps, il a bien tenté d’examiner d’autres options, de trouver une idée, une initiative qui pourrait changer le cours des choses, mais tout le ramenait à la vision qu’il eut, à l’instant même où il entrait dans cette grande ville en feu désertée par ses habitants et ses soldats : la retraite pitoyable dans le froid extrême et sous le harcèlement de l’ennemi, la traversée du fleuve Bérézina, les 400 000 morts sur le chemin du retour, la sixième coalition militaire qui l’attendrait à l’arrivée, l’abdication sans condition, l’exil...

Entre l’entrée triomphale dans Moscou et le statut humiliant de souverain de l’île d’Elbe, il s’est passé à peine 18 mois.

Le cauchemar, ce n’est pas que la vie est faite de hauts et de bas. Non, ça, tout le monde le sait et assume. Tant que les bas ne sont pas de notre fait ou tant qu’on peut les assumer. Ce n’est pas non plus que "la roche Tarpéienne est proche du Capitole" ce qui veut dire, au fond, qu’il n’y a pas de grand succès sans grand risque. Et ça aussi on l’assume en général assez bien, les hommes de pouvoir, en tout cas.

Non, le cauchemar, c’est juste la mauvaise décision prise par suffisance, par excès de confiance en soi ou par mépris des autres au moment où tout va si bien que l’on se sent tout-puissant et invincible. C’est souvent une décision qui paraît logique ou banale au moment où elle est prise, mais dont nous entrevoyons ensuite, quand elle est devenue irréversible, qu’elle va nous entraîner irrémédiablement en enfer, dans les affres de l’opprobre et de la honte, sans que rien ni personne ne puisse arrêter l’enchaînement des choses.

 

La Bérézina

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C'est Rodrigo qui a découvert l'Amérique

Publié le par Carlus

Dans la rubrique "les grands hommes sont des enculés comme les autres", voici la mésaventure du matelot Rodrigo qui fut le premier à découvrir l'Amérique.
Enfin... l'Amérique ! les Bahamas, mais ça revient au même !

Alors que le voyage commençait à devenir interminable après plus d'un mois de navigation (loin des 15  jours prévus au départ par Colomb) et que l'équipage était épuisé et inquiet, l'Amiral Colomb craignant une mutinerie, proposa, pour occuper et motiver ses hommes, une forte récompense de plusieurs milliers de maravédis à celui qui verrait le premier la terre.

Le gagnant fut Rodrigo Triana, un simple matelot qui, du haut de son poste de vigie, découvrit,  le 12 octobre 1492, alors qu'il faisait déjà nuit, l'île qui deviendra plus tard les Bahamas. Il cria "TERRE_!!!" et fit le signe convenu à Christophe Colomb qui était  sur le pont.  Ce dernier put enfin respirer : non seulement sa mission n'allait pas se terminer par une catastrophe mais il savait qu'il entrait à ce moment-là dans l'Histoire de la navigation pour avoir trouvé la route maritime des Indes.

Il firent escale dans l'ile pour se ravitailler en eau et se reposer. Au moment de repartir, Rodrigo demanda audience à l'Amiral Colomb pour réclamer sa récompense. Celui-ci le reçut et lui répondit que c'était lui, Christophe Colomb, qui avait vu la terre le premier et qu'il s'était juste tourné vers la vigie à ce moment-là pour avoir confirmation qu'une deuxième personne l'avait vu.

Rodrigo réfléchit deux secondes sur l'état des forces en présence : d'un côté, lui, simple matelot tout en bas de la hiérarchie, face à lui un Amiral de la Marine Espagnole, mandaté d'une mission de la plus haute importance par Ferdinand et Isabelle roi et reine très catholiques d'Espagne.

Prudent, il prit le parti de fermer sa gueule. Il félicita l'heureux gagnant et lui demanda l'autorisation de se retirer pour rejoindre son poste. Ce qui lui fut accordé.

Lot de consolation posthume : il a sa statue à Séville

C'est Rodrigo qui a découvert l'Amérique

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Les stratèges de génie

Publié le par Carlus

Les stratèges de génie

La propagande qui accompagne toute guerre joue sur des peurs cachées et des fantasmes que nous avons tous en nous. Des fantasmes qui n'ont qu'un lointain rapport avec la réalité et qui ont du mal à disparaitre même lorsqu'ils sont démentis par les faits. Ainsi pour beaucoup de gens Napoléon et Hitler sont des chefs de guerre et des stratèges exceptionnels. Ce sont pourtant des stratèges qui ont perdu à la fin, et de la façon la plus minable qui soit.

 

Napoléon

Napoléon , après la défaite de Waterloo, abdique et rentre à Paris (pour voir sa mère une dernière fois, dit-il) puis se rend à Rochefort d'où il tente de prendre un bateau mis à sa disposition  pour se rendre aux Amériques. Mais le blocus maritime mis en place par les Anglais l'en empêche. Il décide alors de se rendre. Il va dans la garnison anglaise la plus proche et leur dit "Je viens me mettre sous la protection de votre prince et de vos lois.  Le sort des armes m'amène chez mon plus cruel ennemi, mais je compte sur sa loyauté" Il sera conduit à Plymouth où il apprendra en arrivant que les Anglais ont décidé de l'exiler sur l'île de Sainte-Hélène. 

 

Hitler

Hitler déclare le 16 avril 1945 que "les Russes vont connaître devant Berlin la plus sanglante défaite de tous les temps". Quinze jours plus tard, le 30 avril 1945, en hurlant que ses généraux l'avaient trahi, il se donnait la mort. Par cyanure et par balle pour être sûr de ne pas se louper.

 

Et Poutine ? 

La guerre d'Ukraine a commencé par l'idée générale, diffusée par ses thuriféraires, que Poutine était un stratège de génie qui avait tout prévu dans le moindre détail : la guerre rapide, l'entrée triomphale des chars dans Kiev libérée des nazis, la division de ces tarlouzes d'Européens incapables de prendre une décision, les sanctions économiques qui ne ne toucheraient la Russie que de façon marginale et se retourneraient même contre ses initiateurs. 

Quel génie ! La seule chose qui est vraie est qu'il a préparé cette guerre pendant longtemps.  Et aussi qu'il a beaucoup consulté. Mais qui dans son entourage aurait eu le courage de lui dire "Chef, c'est une connerie !"? Les membres de l'Etat-major (ils ont tous été changé depuis) lui ont certainement confirmé que ce serait une guerre éclair, que la foule des Ukrainiens applaudirait les chars russes entrant dans Kiev. 

Mais la guerre ne sera pas brève; ses chars n'entreront jamais à Kiev, et il n'y aura pas d'acclamations de la foule, ni ukrainienne, ni russe non plus d'ailleurs; L'Otan s'est élargi à deux nouveaux pays, la Finlande et la Suède, qui ont aussitôt abandonné l'idée de rester "neutres";  l'Europe s'est soudée, aussi bien ses dirigeants que sa population (à part la petite minorité d'éternels collabos qui choisiront toujours l'ennemi, quel qu'il soit); et les sanctions économiques handicapent fortement une économie russe déjà faible, sans compter le nombre de morts ( un demi million, selon les estimations) dans une population déjà en déclin.

En 2019, dernière année non perturbée par la pandémie, le PIB de la Fédération de Russie pesait moins de la moitié du PIB allemand ou français, 12% du PIB chinois, et 8% de celui des États-Unis. Or le PIB est la base fiscale sur laquelle un État peut financer un long effort militaire. Même si Poutine réussissait à occuper durablement les territoires si durement conquis, dans quel état laisserait-il son pays après cette victoire à la Pyrrhus ?

 

 

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Petits coups de gueule de vacances

Publié le par Carlus

A Florian Philippot

Mon pauvre Florian

Tu es d'extrême droite. Tu es même aujourd'hui à la droite de l'extrême droite. Tu as choisi ton camp : celui des antivax, des anti Zelenski, des anti avortement , des anti immigration, anti Union Européenne… Tu as oublié juste une chose, connard : tu es aussi dans le camp des anti homosexualité... Et tu es homo !!! Tu l'as caché pendant longtemps mais aujourd'hui , c'est officiel. Dans cette société que tu qualifies "de merde" , tu vis ta sexualité sereinement. Tes adversaires politiques respectent ta sexualité et ne te traitent pas de "sale pédé" . D'ailleurs les seuls à pouvoir éventuellement le faire sont … les gens de ton camp ! Tu es gay et tu souhaites l'avènement d'une société ou les gays sont moqués, stigmatisés, agressés, persécutés, connard !  
Attends, attends… à moins que…  tu te dis peut-être que la société de tes rêves serait antivax, anti Zelenski, anti avortement , anti immigration anti Union Européenne, mais... respectueuse de la sexualité de chacun ! Si c'est ça , tu es encore plus con que je ne le pensais, Florian ! Mais non, mon pauvre Florian, extrême droite, c'est un pack à prendre ou à laisser, à prendre ou à combattre. Si l'extrême droite arrive au pouvoir, tu seras dans le meilleur des cas traité de "sale pédé" toute la journée sans pouvoir porter plainte et dans le pire des cas, au moindre écart, jeté dans une geôle avec une insulte homophobe.

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A une amie très chère 

Ma pauvre amie

Tu es effarée par l'attitude des gens dans le métro : "ils sont tous dans leurs bulles individuelles, penchés sur leurs smartphones, personne ne regarde personne…" Tu veux que je te dise ce que j'en pense ? Tu es une amie, j'essaie de rester poli : tu as le même âge que moi, idiote, tu as donc connu le métro AVANT le smartphone. T'es pas Alzeimer, tu n'as pas oublié ? Qu'est-ce qu'il faisaient, les gens dans le métro avant le smartphone ? Ils se parlaient ? Ils s'interpellaient ? Ils sympathisaient ? "Permettez-moi de vous dire que vous avez de très beaux enfants, madame" - "Merci, monsieur, vous êtes bien aimable" c'était ça le métro de ton temps, bécasse ? Dans mon souvenir à moi, c'était 2% de gens qui lisaient un livre, 5% de gens qui lisaient le journal et 93% de gens accrochés à la barre, le regard fixe, éteint, semblable à des zombies. D'ailleurs je pense que j'en faisais partie, de ces zombies. Et aujourd'hui, c'est comme dans l'avion où l'on nous propose de regarder des films pendant le voyage, chacun regarde sur son smartphone sa petite chaine YouTube ou TikTok préférée. Où est le problème ? Moi je trouve ça plutôt positif, comme évolution. 

Petits coups de gueule de vacances

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Scène de ménage

Publié le par Carlus

Petite scène de ménage (de mémoire vécue il y a longtemps) illustrée par des citations d'auteurs

Elle - Tu as passé une bonne soirée ? comment tu trouves ma copine Sylvie ? sympa non ?

Lui - Ouais sympa...bof !! Tu sais, le paradoxe quand elle dit que son mec est un égoïste qui ne s'occupe pas assez d'elle, est qu'en disant cela elle réclame de lui quelque chose pour elle seule, pour son seul bénéfice, donc c'est elle l'égoïste en fin de compte.

Eugène Labiche : Un égoïste ? quelqu'un qui ne pense pas à moi.

Elle - Non! le paradoxe est qu'il vit avec elle comme s'ils étaient en couple mais ne partage rien avec elle.

Jean Dutourd : " ELLE : Je me sens si seule !... LUI : Moi, pas assez.

lui - Mais non ! le paradoxe est que lui, le prétendu égoïste, il vit avec elle à sa façon à lui et la laisse vivre à sa façon à elle, alors qu'elle, elle voudrait non seulement vivre à sa façon mais en plus lui imposer sa façon de vivre à elle !

Oscar Wilde : "L'égoïste n'est pas celui qui vit comme il lui plaît, c'est celui qui demande aux autres de vivre comme il lui plaît"

Elle - Le paradoxe est que s'ils vivaient tous les deux à sa façon à lui, ils ne seraient que des colocataires ! Alors que s'ils vivaient tous les deux à sa façon à elle, ils formeraient un vrai couple ! et je suis sûr qu'elle le rendrait heureux!

Simone de Beauvoir : "Elle ne cherchait pas le plaisir d'autrui. Elle s'enchantait égoïstement du plaisir de faire plaisir."

Lui - le paradoxe est que dans ce cas ils formeraient un couple qui aurait l'air de résulter de la volonté des deux alors que c'est elle seule qui déciderait ce que contient ou pas la notion de couple. C'est ca votre problème, à vous les femmes, imposer aux mecs votre vision du couple et les obliger à dire que c'est d'un commun accord!

Tahar Ben Jelloun : " La vie de couple repose sur un leurre, une agression. Il s'agit pour chacun des deux comparses de prendre possession de l'autre, de relever un défi : "Comment le changer ? Comment le faire devenir moi ?"

Elle - "Les femmes" ??? Ca, ça veut dire que tu es énervé, mon gars ! Alors laisse moi te dire : moi, je trouve que le paradoxe chez vous les mecs c'est de vouloir dire "je suis en couple, mais je garde ma liberté, je sors avec ma bande de copain, je ne participe pas aux corvées liées à la vie de couple ! Mais mais mais... je suis en couple !"
Bref, le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la crémière pendant qu'on la baise ! Voilà la philosophie de la plupart des mecs ! L’égoïsme fondamental, il est là !

Claude Roy : " C'est un ménage à quatre : lui, elle, l'idée qu'elle se fait de lui et l'idée qu'il a d'elle."

Lui- Non, arrête là ! on discute gentiment et tu t'énerves ! je vais te le dire, moi, madame, où il est l’égoïsme fondamental : un homme qui est amoureux d'une femme à envie d'aimer cette femme ! alors qu'une femme qui est amoureuse d'un homme a envie d'être aimée de lui ! C'est ça le paradoxe féminin suprême ! Un homme dit à une femme en substance "je vais te rendre heureuse" alors qu'une femme dit "rends moi heureuse !" Et c'est pour cela que je dis que vous avez une conception fondamentalement égoïste de l'amour !


Elle - Alors là je trouve vraiment dégueulasse de dire ça ! C'est nous qui prenons à notre charge 80% des contraintes du couple! le ménage et les enfants, la préparation des vacances, les réunions parents-professeurs, c'est nous, la plupart du temps ! vous continuez à voir vos anciens copains alors que nous on perd de vue toutes les bonnes copines qu'on avait avant! vous continuez à faire du sport alors que nous on a abandonné depuis longtemps la danse moderne et le yoga qu'on faisait avant de vous connaître!!! Tout cela pour s'entendre dire que c'est nous qui sommes égoïstes et que nous ne souhaitons que d'être aimées sans rien donner en retour ???

Jules Renard : "Un véritable égoïste accepte même que les autres soient heureux, s'ils le sont à cause de lui."

lui - Mais tout ça, vous aimez cela, ma chérie ! tous les trucs dont tu viens de parler, c'est des trucs qui barbent un homme mais qui donnent à une femme l'impression de vivre une vraie vie de femme ! Regarde toi comment tu fonctionnes : dès que tu es un peu stressée au boulot, tu te mets à briquer la maison de fond en comble ! Et tu veux présenter cela comme un sacrifice fait sur l'autel de l'amour et du couple?

Elle - Alors là... jamais rien entendu de si grotesque ! D'abord si je nettoie la maison dans ces moments-là c'est que j'ai horreur de stresser dans la crasse et le bordel d'un autre, si tu vois ce que veux dire...!

Lui - le téléphone sonne ! tu réponds ?

Elle - Allo, oui ...? c'est Sylvie ! elle appelle pour savoir si nous sommes bien rentrés ! Elle te fait un bise, elle dit qu'elle te trouve très sympa !

Lui - Fais lui une bise de ma part aussi ! et dis lui que j'ai été heureux de faire la connaissance de la fameuse copine de lycée avec qui tu as fait les "quatre cents coups" !!!

Elle - Elle a entendu ! Elle te dit merci et bonne nuit !

Lui - Au fait dis moi ! les "quatre cents coups" en question que tu évoques chaque fois que tu parles d'elle, c'est quoi au juste ?

Elle - Ah non !!! on ne va pas recommencer avec ça...!!! tant qu'a se fâcher, je préfère que ce soit sur le paradoxe du couple..!


Sacha Guitry : "Si le plus grand plaisir des hommes est de se payer les corps des femmes, le plus grand plaisir des femmes est de se payer la tête des hommes."

Scène de ménage

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Salomé et la planète TAIRE

Publié le par Carlus

Il y a quelques années, je me promène dans un centre commercial en compagnie de ma copine d'alors quand je vois à l'entrée d'une librairie un panneau annonçant une séance de dédicace de Jacques Salomé.
Quoi ? Jacques Salomé lui-même ? L’auteur de plus de la moitié au moins des citations qu'on trouve sur les profils et les sites perso ? On s'approche de l'auteur à succès. On a de la chance : non seulement il n'y a personne avec lui à ce moment-là mais en plus il se fait manifestement chier et paraît ravi de trouver à s'occuper pendant les 30 minutes de séance de signature qui lui reste à tenir.

Je n'ai pas lu Salomé, mais on peut dire grosso modo, même sans avoir lu ses bouquins, que sa spécialité c'est l'AMOUR , l'Amour avec un grand A. Il suffit d'aller sur son site pour s'en convaincre. Son truc c'est l'Amour ou plus exactement la relation avec soi-même et avec l'Autre. Attention, il faut mettre une majuscule à Autre parce que Jacques Salomé est psychologue de formation et que les psys mettent toujours une majuscule à l'Autre. 
D'ailleurs son côté psy se retrouve dans les jeux de mots contenus dans les citations qui émaillent son site. C'est le spécialiste des citations, Jacques Salomé. Il en propose des centaines. Certains de ses bouquins ne sont d'ailleurs que des recueils de citations  :
-"Ne plus vivre sur la planète TAIRE
- Il est difficile pour un soignant de soigner un soi-niant
- "Un mal-à-dire qu’on appelle une maladie"
- "Homme à homme et âme à âme"
- Nos malaises exprimés avec des maux plutôt qu'avec des mots"

Ce créneau de la "relation avec soi-même et avec autrui" m'a toujours agacé, ne serait-ce que par ces citations à la limite de la nunucherie :
- " On court vers quelque chose, on trouve autre chose. On court vers quelqu'un, on trouve soi !"
- " Le difficile n'est pas d'apprendre ce qu'on ne sait pas, c'est d'apprendre ce qu'on sait."
- " Si tu ne sais pas quoi faire de tes mains, transforme-les en caresses"
- " Un livre a toujours deux auteurs : celui qui l'écrit et celui qui le lit." ( mais il oublie de préciser que seul celui qui l'écrit touche les droits d'auteur ! Oui je sais, c'est facile! Mais il m'énerve!)
- "Dans un couple, l'important n'est pas de vouloir rendre l'autre heureux, c'est de se rendre heureux et d'offrir ce bonheur à l'autre"

Tout cela est peut-être vrai, je n'en sais rien, mais c'est tellement gentil, tellement mielleux, tellement imprégné de bons sentiments que ça en devient de toute façon faux.

Moi en cas de problème, physique ou psychique, je préfère les thérapies lourdes, celles qui font mal mais qui guérissent à coup sûr. Je ne crois pas en l'efficacité de l'homéopathie,  des médecines douces, et des thérapies de groupe où l'on va en quête du "meilleur de soi-même" où l'on apprend à "oser donner" et "oser recevoir"...

Enfin bref, je suis donc dans cette librairie avec mon amie de fraîche date et  Salomé nous demande si nous sommes en couple (pourquoi il pose cette question ? Il fait allusion à la différence d'âge? ), elle lui répond que oui (moi j'aurais été moins catégorique que ça, mais enfin bon OK !) et alors il lui tend un bouquin de citations (à elle, pas à moi, pas à nous, allez savoir pourquoi ! A mon avis, son lectorat est majoritairement féminin et il le sait) et lui dit "il y a une citation qui vous concerne à la page 95 ! La troisième citation".
Elle lit la citation en question et me regarde avec les yeux grand ouverts ! Je voudrais lui dire "arrête! Ce sont des citations suffisamment générales pour que n'importe laquelle corresponde de près ou de loin à n'importe quel couple !" Mais je n'ose pas ! Ca pourrait vexer Môssieur Salomé ! Et nous sommes en quelque sorte ses invités, dans son espace privé . (Et puis aussi, je n'ai pas voix au chapitre, n'étant pas encore le "deuxième auteur" de ses livres). 
Voyant son étonnement, il la regarde avec un air amusé et fier de lui et continue comme ça pendant un quart d'heure " à la page 152, la quatrième !" " à la page 38, la  deuxième..." Et à chaque fois, dans l'esprit de ma crédule compagne, la citation renvoyait à quelque chose qui avait un rapport avec notre couple.
Eh bien finalement, complètement conquise par les pouvoirs extralucides du gentil gourou , elle l'a acheté, le bouquin, ma tendre et romantique chérie !
Avec la recommandation de l'auteur de le lire à deux et aussi une belle dédicace personnalisée. (Aussi personnalisée certainement que les quatre-cent-cinquante-deux autres  qu'il avait rédigées dans  la journée. Je n'ai jamais compris l'intérêt d'une dédicace de librairie d'un auteur qui vous a regardé une seconde juste pour vous demander votre prénom...) 
Finalement, j'ai peut-être tort de ne pas lui faire confiance : il est très fort, Jacques Salomé, dans la relation avec l'Autre !


PS : Aujourd'hui, le spécialiste de l'amour, de la relation avec l'Autre, de la guérison des maux par les mots, est accusé de viols par plusieurs femmes. Et je pense qu'il se dit en ce moment qu'il aurait bien aimé qu'elles continuent à vivre sur la planète TAIRE.
 
 

Salomé et la planète TAIRE

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